Intelligence artificielleUnion européenne
Règlement européen sur l’intelligence artificielle (2024) et sa modification « omnibus numérique » de 2026
Le règlement (UE) 2024/1689, en vigueur depuis le 1er août 2024, encadre l’IA selon le risque : huit pratiques interdites depuis le 2 février 2025, règles pour les modèles d’IA à usage général depuis le 2 août 2025, obligations pour les systèmes à haut risque, devoirs de transparence, amendes jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires mondial. Le règlement (UE) 2026/1744 (« omnibus numérique sur l’IA »), en vigueur depuis le 27 juillet 2026, a reporté les obligations « haut risque » au 2 décembre 2027 et au 2 août 2028 et ajouté, à compter du 2 décembre 2026, l’interdiction des applications de « dénudage » et des contenus pédocriminels générés par IA.
Mise à jour : 5 novembre 2026Prochaine échéance : 2 décembre 2026 — Application de l’interdiction du « dénudage » et des contenus pédocriminels générés par IA ; échéance de marquage pour les systèmes génératifs déjà sur le marché
Fiche d’identité
Texte de référence
Regulation (EU) 2024/1689 of the European Parliament and of the Council of 13 June 2024 laying down harmonised rules on artificial intelligence (Artificial Intelligence Act) (règlement du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle)[1]
N° 2024/1689 · 13 juin 2024
Lire le texte ↗Porteurs
- Thierry Breton[4]Membre de la Commission européenne, responsable de la proposition de 2021 (DG CONNECT) · 2021 · Initiateur
- Brando Benifei, Dragoş Tudorache[7]Co-rapporteurs du Parlement européen (commissions du marché intérieur et des libertés civiles) · 2024 · Initiateur
- Henna Virkkunen[6]Membre de la Commission européenne, responsable de la proposition « omnibus numérique sur l’IA » (DG CONNECT) · 2025 · Modification
- Arba Kokalari, Michael McNamara[8][9]Co-rapporteurs du Parlement européen sur l’« omnibus numérique sur l’IA » (commissions du marché intérieur et des libertés civiles) · 2026 · Modification
Mise en œuvre
- Commission européenne — Bureau européen de l’IA (supervision des modèles d’IA à usage général)
- États membres — autorités nationales de surveillance du marché et autorités notifiantes
- Comité européen de l’intelligence artificielle (représentants des États membres)
Statut
En vigueurdepuis le 2 août 2026[1][2][9]
S’applique depuis le 2 août 2026, dont les obligations de transparence de l’article 50 et les amendes de la Commission aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général ; les exigences « haut risque » suivent les dates fixées en 2026 (décembre 2027 / août 2028).
Objectif affiché
Améliorer le fonctionnement du marché intérieur et promouvoir une IA axée sur l’humain et digne de confiance, tout en assurant un niveau élevé de protection de la santé, de la sécurité et des droits fondamentaux — dont la démocratie, l’État de droit et la protection de l’environnement — contre les effets néfastes des systèmes d’IA, et en soutenant l’innovation. La modification de 2026 vise à faciliter la mise en œuvre, compte tenu du retard des normes et des autorités, « sans réduire le niveau de protection ».[1][2]
Selon l’article 1er du règlement (UE) 2024/1689 et les considérants 2 et 3 du règlement (UE) 2026/1744
Mesures principales
- Huit pratiques interdites (article 5) : manipulation ou tromperie préjudiciables, exploitation des vulnérabilités, notation sociale, prédiction du risque d’infraction fondée uniquement sur le profilage, moissonnage non ciblé d’images faciales, reconnaissance des émotions au travail et à l’école (sauf raisons médicales ou de sécurité), catégorisation biométrique déduisant des caractéristiques sensibles, et identification biométrique à distance en temps réel dans l’espace public par les forces de l’ordre, hors exceptions étroites soumises à autorisation préalable.[1][14]
- Neuvième interdiction ajoutée en 2026, applicable au 2 décembre 2026 : systèmes d’IA générant des images, vidéos ou sons intimes réalistes d’une personne identifiable sans son consentement (« dénudage ») ou des contenus pédocriminels — pour les fournisseurs lorsque c’est la finalité du système ou un résultat prévisible sans garde-fous adéquats, et pour les utilisateurs qui s’en servent à cette fin.[2][9]
- Systèmes à haut risque — IA servant de composant de sécurité de produits couverts par la législation européenne de sécurité (annexe I) et IA utilisée dans huit domaines listés à l’annexe III, comme le recrutement, l’évaluation du crédit, l’éducation, la répression ou la migration — : gestion des risques, qualité des données, documentation, journalisation, contrôle humain, exactitude et robustesse, évaluation de la conformité.[1][7]
- Modèles d’IA à usage général : documentation technique, informations pour les fournisseurs en aval, politique de respect du droit d’auteur et résumé public des contenus d’entraînement. Les modèles entraînés avec plus de 10²⁵ opérations en virgule flottante sont présumés à risque systémique et doivent en outre être évalués (y compris par des tests adverses), atténuer les risques, signaler les incidents graves et assurer leur cybersécurité.[1]
- Transparence : les personnes doivent être informées qu’elles interagissent avec un système d’IA ; les sons, images, vidéos ou textes générés par IA doivent être marqués dans un format lisible par machine ; les hypertrucages doivent être signalés par ceux qui les diffusent.[1]
- Sanctions fixées par les États membres : jusqu’à 35 M€ ou 7 % du chiffre d’affaires annuel mondial (le plus élevé des deux) pour les pratiques interdites ; 15 M€ ou 3 % pour la plupart des autres obligations ; 7,5 M€ ou 1 % pour des informations trompeuses. Pour les PME — et, depuis 2026, les petites entreprises de taille intermédiaire —, le montant le plus faible s’applique. La Commission peut infliger aux fournisseurs de modèles à usage général jusqu’à 15 M€ ou 3 %.[1][2]
- Gouvernance : le Bureau de l’IA de la Commission fait appliquer les règles sur les modèles d’IA à usage général (demandes d’informations, évaluations, amendes) et supervise les systèmes d’IA fondés sur un modèle du même fournisseur, rôle renforcé en 2026 ; les autorités nationales de surveillance du marché contrôlent le reste ; le Comité IA réunit les États membres.[1][2][13]
- Simplifications de 2026 : définition plus étroite du « composant de sécurité » ; obligation de maîtrise de l’IA ramenée à une obligation de prendre des mesures pour soutenir la formation du personnel ; traitement exceptionnel de données personnelles pour détecter et corriger les biais ; machines renvoyées à leurs propres règles sectorielles de sécurité ; allègements des PME étendus aux petites entreprises de taille intermédiaire.[2][1]
En données
Entreprises utilisant l'IA (10 salariés et plus)
20%
2025
Personnes utilisant des outils d'IA générative
32,7%
2025
Chiffres clés
Amende maximale pour une pratique d’IA interdite
7 %
du chiffre d’affaires annuel mondial · Annoncé
selon l’article 99, paragraphe 3, du règlement[1][2]
Ou 35 M€ si ce montant est plus élevé ; pour les PME et les petites entreprises de taille intermédiaire, le plus faible des deux.
Voix du Parlement européen en faveur du règlement sur l’IA
523
13 mars 2024 · Observé
selon le Parlement européen[7]
46 contre, 49 abstentions.
Voix du Parlement européen en faveur de l’omnibus de 2026
423
16 juin 2026 · Observé
selon le Parlement européen[9]
57 contre, 174 abstentions.
Économies administratives estimées de l’omnibus numérique sur l’IA (borne haute)
0,43 Md€
estimation initiale, novembre 2025 · Annoncé
selon la Commission européenne (exposé des motifs de la proposition COM(2025) 836)[5]
Fourchette d’environ 297,2 à 433,2 M€, pour la proposition initiale ; aucune analyse d’impact n’a été réalisée.
Chronologie
- En débat
Le Parlement adopte ses amendements : négociations avec le Conseil[4]
Accord provisoire entre les négociateurs du Parlement et du Conseil[7]
Décision de la Commission instituant le Bureau de l’IA[1]
Le règlement définit le Bureau de l’IA comme la fonction de la Commission chargée de la mise en œuvre, du suivi et de la supervision des systèmes d’IA et des modèles d’IA à usage général, prévue par la décision de la Commission du 24 janvier 2024.
Publication du code de bonnes pratiques pour l’IA à usage général[11][12]
Code volontaire rédigé par 13 experts indépendants avec la contribution de plus de 1 000 parties prenantes, en trois chapitres (transparence, droit d’auteur, sûreté et sécurité). La Commission et le Comité IA l’ont jugé adéquat pour démontrer la conformité ; parmi les signataires listés par la Commission figurent Amazon, Anthropic, Google, IBM, Microsoft, Mistral AI et OpenAI.
- En vigueur
Application des règles sur les modèles d’IA à usage général, de la gouvernance et des sanctions[1]
S’appliquent les organismes notifiés (chapitre III, section 4), les modèles d’IA à usage général (chapitre V), la gouvernance (chapitre VII), les sanctions (chapitre XII, sauf les amendes infligées par la Commission aux fournisseurs de modèles) et la confidentialité.
La Commission propose l’« omnibus numérique sur l’IA » (COM(2025) 836)[5][6]
Invoquant les retards des normes harmonisées et de la mise en place des autorités nationales, la proposition liait l’entrée en application des obligations « haut risque » à une décision de la Commission constatant la disponibilité des outils de mise en conformité, avec des dates butoirs au 2 décembre 2027 et au 2 août 2028, et laissait jusqu’au 2 février 2027 aux fournisseurs de systèmes génératifs déjà sur le marché pour marquer les contenus générés par IA.
Le Conseil arrête sa position sur l’omnibus numérique sur l’IA[10]
Le Parlement européen adopte ses amendements à l’omnibus[6]
Accord provisoire sur l’omnibus entre le Parlement et le Conseil[8]
Les négociateurs fixent des dates fermes pour les obligations « haut risque » et avancent au 2 décembre 2026 l’échéance de marquage des contenus générés par IA, au lieu du 2 février 2027 prévu par la proposition de la Commission.
- En vigueur
Modifié par le règlement (UE) 2026/1744 (« omnibus numérique sur l’IA »)[2][6]
Obligations « haut risque » reportées au 2 décembre 2027 (usages de l’annexe III) et au 2 août 2028 (IA dans les produits relevant de l’annexe I) ; nouvelle interdiction du « dénudage » et des contenus pédocriminels générés par IA à compter du 2 décembre 2026.
- En vigueur
Date générale d’application : la plupart des dispositions restantes s’appliquent[1][2][9]
S’applique depuis le 2 août 2026, dont les obligations de transparence de l’article 50 et les amendes de la Commission aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général ; les exigences « haut risque » suivent les dates fixées en 2026 (décembre 2027 / août 2028).
- À venir — l’issue n’est pas connue
Application de l’interdiction du « dénudage » et des contenus pédocriminels générés par IA ; échéance de marquage pour les systèmes génératifs déjà sur le marché[2]
Les nouveaux points ba) et bb) de l’article 5, paragraphe 1, s’appliquent. Les fournisseurs de systèmes générant du son, de l’image, de la vidéo ou du texte synthétiques mis sur le marché avant le 2 août 2026 doivent alors marquer les contenus de façon lisible par machine et détectable (article 50, paragraphe 2).
- À venir — l’issue n’est pas connue
Application des obligations pour les systèmes d’IA à haut risque de l’annexe III[2][1]
Biométrie, infrastructures critiques, éducation, emploi, accès aux services essentiels, répression, migration et contrôle des frontières, justice et processus démocratiques. Échéance initiale : 2 août 2026, avant la modification de 2026.
Termes du débat
Citoyen ne prend pas position : les arguments sont rapportés tels que les formulent leurs auteurs.
Selon ses défenseurs
- Les co-rapporteurs du Parlement l’ont présenté comme la première loi contraignante au monde sur l’IA, destinée à réduire les risques, lutter contre les discriminations et apporter de la transparence, en interdisant les pratiques inacceptables et en protégeant les droits des travailleurs et des citoyens (Brando Benifei, S&D), et en rattachant l’IA aux valeurs fondamentales de l’Union (Dragoş Tudorache, Renew).[7]
- Pour la Commission et les colégislateurs, le report de 2026 répond au retard des normes harmonisées et des autorités nationales, qui rendait la mise en conformité plus lourde que prévu ; la Commission estimait les économies entre 297 et 433 M€. Le CESE avait recommandé d’aligner les échéances « haut risque » sur la disponibilité des normes.[2][5][16]
- La co-rapporteure de l’omnibus Arba Kokalari (PPE) fait valoir qu’« appuyer sur le bouton pause » et réduire la paperasse faciliterait la création d’entreprises technologiques en Europe ; le co-rapporteur Michael McNamara (Renew) estime que le texte apporte la sécurité juridique tout en préservant l’architecture du règlement et ajoute une interdiction pure et simple des applications de dénudage.[9]
Selon ses opposants
- En 2021, le Comité économique et social européen jugeait les interdictions trop étroites : il demandait d’interdire la reconnaissance biométrique automatisée dans les espaces accessibles au public ou privés (hors authentification) et la reconnaissance des signaux comportementaux, alors que le texte final autorise l’identification en temps réel par la police dans des cas listés et classe les autres usages biométriques à haut risque.[15][1]
- Le Comité européen des régions a regretté que les paquets omnibus n’aient pas fait l’objet d’analyses d’impact ni de consultations publiques pour mesurer leurs effets sur les garanties des droits fondamentaux ; la Commission indique n’avoir réalisé aucune analyse d’impact, jugeant les modifications techniques.[17][5]
- Le CESE demandait de maintenir une obligation explicite d’assurer un niveau suffisant de maîtrise de l’IA parmi le personnel — le texte de 2026 l’a remplacée par un devoir de prendre des mesures pour la soutenir — et de garder une transparence envers les autorités lorsqu’un fournisseur classe un système de l’annexe III comme non à haut risque.[16][2]
Indicateurs à suivre
- Entreprises utilisant l’IA (10 salariés et plus) · EurostatVoir la carte →
- Personnes utilisant des outils d’IA générative · EurostatVoir la carte →
- Rapports annuels sur l’usage de l’identification biométrique à distance en temps réel par les forces de l’ordre (article 5, paragraphe 7) · Commission européennepas encore de carte Citoyen
Sources
- [1]Regulation (EU) 2024/1689 of the European Parliament and of the Council of 13 June 2024 laying down harmonised rules on artificial intelligence (Artificial Intelligence Act) — OJ L, 2024/1689, 12.7.2024 — EUR-Lex — Official Journal of the European Union, 12 juillet 2024
- [2]Regulation (EU) 2026/1744 of the European Parliament and of the Council of 8 July 2026 amending Regulations (EU) 2024/1689, (EU) 2018/1139 and (EU) 2023/1230 as regards the simplification of the implementation of harmonised rules on artificial intelligence (Digital Omnibus on AI) — OJ L, 2026/1744, 24.7.2026 — EUR-Lex — Official Journal of the European Union, 24 juillet 2026
- [3]Proposal for a Regulation laying down harmonised rules on artificial intelligence (Artificial Intelligence Act), COM(2021) 206 final — European Commission (EUR-Lex), 21 avril 2021
- [4]Procedure 2021/0106/COD — steps of the procedure — EUR-Lex
- [5]Proposal for a Regulation amending Regulations (EU) 2024/1689 and (EU) 2018/1139 as regards the simplification of the implementation of harmonised rules on artificial intelligence (Digital Omnibus on AI), COM(2025) 836 final — European Commission (EUR-Lex), 19 novembre 2025
- [6]Procedure 2025/0359/COD — steps of the procedure — EUR-Lex
- [7]Artificial Intelligence Act: MEPs adopt landmark law (press release) — European Parliament, 13 mars 2024
- [8]AI Act: deal on simplification measures, ban on “nudifier” apps (press release) — European Parliament, 7 mai 2026
- [9]AI Act: EP approves simplification measures and “nudifier” app ban (press release) — European Parliament, 16 juin 2026
- [10]Legislative Train Schedule — Digital omnibus on AI, 2025/0359(COD) — European Parliament
- [11]The General-Purpose AI Code of Practice (contents and signatories) — European Commission — Shaping Europe’s digital future
- [12]The General-Purpose AI Code of Practice is now available — European Commission — Shaping Europe’s digital future
- [13]European AI Office — European Commission — Shaping Europe’s digital future
- [14]AI Act — regulatory framework for AI — European Commission — Shaping Europe’s digital future
- [15]Opinion of the European Economic and Social Committee on the Proposal for a Regulation laying down harmonised rules on artificial intelligence (Artificial Intelligence Act) (2021/C 517/09) — European Economic and Social Committee (EUR-Lex, OJ C 517, 22.12.2021), 22 décembre 2021
- [16]Opinion of the European Economic and Social Committee on the Digital Omnibus on AI and the Digital Omnibus (C/2026/3225) — European Economic and Social Committee (EUR-Lex, OJ C, 2.7.2026), 2 juillet 2026
- [17]Opinion of the European Committee of the Regions — Digital simplification and Data Union Strategy (C/2026/3469) — European Committee of the Regions (EUR-Lex, OJ C, 24.7.2026), 24 juillet 2026