Confiance institutionnelleItalie

En débatAdopté par le Sénat en première délibération ; devant la commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre depuis le 19 juin 2024 (auditions jusqu’en juillet 2025, aucun vote enregistré au 5 novembre 2026). Restent une première délibération de la Chambre, puis une seconde délibération de chaque chambre.

La réforme constitutionnelle du « premierato » : élection directe du président du Conseil

Le projet de loi constitutionnelle du gouvernement Meloni ferait élire le président du Conseil des ministres au suffrage direct, pour cinq ans et en même temps que le Parlement, avec une prime de sièges nationale garantissant une majorité aux listes qui lui sont liées ; il supprime aussi la nomination de sénateurs à vie par le chef de l’État. Le Sénat l’a approuvé en première délibération le 18 juin 2024. Au 5 novembre 2026, il est toujours en commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre des députés, qui a mené des auditions jusqu’en juillet 2025 : la Chambre doit encore l’approuver, puis les deux chambres doivent le voter une seconde fois, au moins trois mois après leur premier vote.

Mise à jour : 5 novembre 2026

Fiche d’identité

Texte de référence

Disegno di legge costituzionale S. 935 – C. 1921 « Modifiche alla parte seconda della Costituzione per l’elezione diretta del Presidente del Consiglio dei ministri, il rafforzamento della stabilità del Governo e l’abolizione della nomina dei senatori a vita da parte del Presidente della Repubblica » (projet de loi constitutionnelle modifiant la deuxième partie de la Constitution pour l’élection directe du président du Conseil des ministres, le renforcement de la stabilité du gouvernement et la suppression de la nomination des sénateurs à vie par le président de la République — texte approuvé en première délibération par le Sénat)[1][2]

N° A.S. 935 / A.C. 1921 (XIX legislatura) · 18 juin 2024

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Porteurs

  • Giorgia Meloni[5][1]Présidente du Conseil des ministres — co-auteure du projet de loi du gouvernement · 2023 · Initiateur
  • Maria Elisabetta Alberti Casellati[5][1][4]Ministre des Réformes institutionnelles et de la Simplification normative — co-auteure du projet de loi · 2023 · Initiateur

Mise en œuvre

Statut

En débat

depuis le 18 juin 2024[1][2][10]

Adopté par le Sénat en première délibération ; devant la commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre depuis le 19 juin 2024 (auditions jusqu’en juillet 2025, aucun vote enregistré au 5 novembre 2026). Restent une première délibération de la Chambre, puis une seconde délibération de chaque chambre.

Objectif affiché

Renforcer la stabilité des gouvernements pour permettre des orientations politiques de moyen et long terme ; consolider le principe démocratique en donnant aux électeurs un rôle dans la détermination de l’orientation politique de la nation ; favoriser la cohésion des coalitions électorales ; éviter les changements de camp des parlementaires (« transfughismo » et « trasformismo »).[5]

Selon le gouvernement (communiqué du Conseil des ministres n° 57 du 3 novembre 2023)

  • Durée du mandat du président du Conseil élu au suffrage direct

    5 ans

    par législature · selon le nouvel article 92 du texte approuvé par le Sénat[1]

    Pas plus de deux législatures consécutives, portées à trois si l’intéressé a exercé la fonction moins de sept ans et six mois au cours des précédentes.

Mesures principales

  • Élection du président du Conseil des ministres au suffrage universel direct pour cinq ans, en même temps que l’élection des deux chambres ; il est élu dans la chambre où il s’est porté candidat et doit donc être parlementaire (nouvel art. 92).[1][3]
  • La loi électorale doit attribuer une prime nationale garantissant une majorité des sièges dans chaque chambre aux listes et candidats liés au président du Conseil, dans le respect de la représentativité et de la protection des minorités linguistiques. La Constitution n’en fixerait pas le montant : les 55 % de sièges du projet initial ont été supprimés au Sénat, et le dossier du service d’études de la Chambre relève que la formule « une majorité » pourrait ne pas garantir la majorité absolue.[1][3][5]
  • Le président de la République charge le président du Conseil élu de former le gouvernement et nomme et révoque les ministres sur sa proposition. Le gouvernement doit toujours obtenir la confiance des deux chambres dans les dix jours ; en cas d’échec, la charge est renouvelée une fois, et un second échec entraîne la dissolution.[1]
  • En cas de retrait de la confiance par une motion motivée, le président du Conseil élu démissionne et les chambres sont dissoutes. Dans les autres cas de démission, il peut demander la dissolution dans les sept jours ; à défaut — et en cas de décès, d’empêchement définitif ou de déchéance —, le président de la République peut, une seule fois par législature, confier le gouvernement au président du Conseil démissionnaire ou à un parlementaire élu en lien avec lui (nouvel art. 94).[1]
  • Fin du pouvoir du président de la République de nommer des sénateurs à vie (art. 59, deuxième alinéa, abrogé) ; ceux déjà nommés restent en fonctions, et les anciens présidents de la République restent sénateurs de droit.[1][3]
  • Autres changements du rôle du chef de l’État : le président de la République ne serait élu à la majorité absolue qu’après le sixième tour (au lieu du troisième) ; dans les six derniers mois de son mandat, il ne pourrait dissoudre les chambres que lorsque la dissolution est obligatoire ; la nomination du président du Conseil et des juges constitutionnels, la grâce, la convocation des élections et des référendums, les messages aux chambres et le renvoi des lois ne seraient plus contresignés.[1]
  • Application : à compter de la première dissolution ou fin de législature suivant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’élection du président du Conseil et des chambres.[1]

En données

Confiance dans le gouvernement

35,9%

2023

Confiance dans le parlement

30,9%

2023

Chiffres clés

Sièges promis à la coalition du président du Conseil dans le projet initial

55 %

projet de novembre 2023 · Annoncé

selon le Conseil des ministres (3 novembre 2023)[5][3]

Supprimé par le Sénat : le texte n’exige plus qu’une prime garantissant « une majorité » des sièges dans chaque chambre.

Gouvernements de la République italienne

68

75 ans de République, en mai 2024 · Annoncé

selon la présidente du Conseil (discours du 8 mai 2024)[6][4]

Avec 31 présidents du Conseil et une durée moyenne des gouvernements d’« un peu plus d’un an » ; la ministre Casellati a cité devant la commission de la Chambre une moyenne de 14 mois.

Sénateurs à vie nommés par les présidents de la République, qui resteraient en fonctions

5

juillet 2024 · Observé

selon le service d’études de la Chambre des députés[3]

Mario Monti, Elena Cattaneo, Renzo Piano, Carlo Rubbia (nommés par le président Napolitano) et Liliana Segre (nommée par le président Mattarella) ; la Constitution limite leur nombre à cinq.

Chronologie

  1. Annoncée

    Projet de loi constitutionnelle approuvé en Conseil des ministres[5]

  2. En débat

    Dépôt du projet au Sénat (A.S. 935)[3]

  3. Examen en commission des Affaires constitutionnelles du Sénat[3]

    La commission conclut son examen par un texte modifié (A.S. 935-A), qui passe ensuite en séance.

  4. Discussion en séance au Sénat[3][1]

    Discussion conclue par l’approbation en première délibération le 18 juin 2024 ; le texte est transmis à la Chambre des députés le jour même. Par rapport au projet du gouvernement, le texte approuvé par le Sénat ne fixe plus la prime à 55 % des sièges mais exige « une majorité » des sièges, et ajoute une limite de deux législatures consécutives.

  5. En débat

    Approbation en première délibération par le Sénat et transmission à la Chambre des députés (A.C. 1921)[1][2][10]

    Adopté par le Sénat en première délibération ; devant la commission des Affaires constitutionnelles de la Chambre depuis le 19 juin 2024 (auditions jusqu’en juillet 2025, aucun vote enregistré au 5 novembre 2026). Restent une première délibération de la Chambre, puis une seconde délibération de chaque chambre.

  6. Chambre des députés : la commission des Affaires constitutionnelles ouvre l’examen[2][4]

    Le projet du gouvernement est examiné conjointement avec la proposition C. 1354 (Boschi et autres), qui prévoit elle aussi l’élection directe du président du Conseil. Le rapporteur est le président de la commission, Nazario Pagano. La ministre Casellati affirme que le texte « n’est pas verrouillé ».

  7. Auditions de constitutionnalistes à la Chambre[2]

    Auditions informelles de professeurs de droit et de science politique, de présidents et vice-présidents de région (19 septembre 2024) et de deux anciens juges de la Cour constitutionnelle, Daria De Pretis et Ugo De Siervo (18 juin 2025). La dernière audition recensée sur la fiche du texte est celle du 16 juillet 2025.

  8. La présidente du Conseil veut la réforme adoptée avant les prochaines élections générales[7]

    Lors de sa conférence de presse de début d’année, Giorgia Meloni dit vouloir arriver aux prochaines élections avec le premierato adopté, accompagné d’une loi électorale conçue pour lui, et s’attend à ce que les électeurs tranchent par référendum faute de majorité des deux tiers.

  9. Meeting de Rimini : le premierato cité « en premier » des trois grandes réformes du gouvernement[8]

Termes du débat

Citoyen ne prend pas position : les arguments sont rapportés tels que les formulent leurs auteurs.

Selon ses défenseurs

  • La présidente du Conseil Giorgia Meloni fait valoir que la réforme garantit aux citoyens le droit de choisir qui les gouverne, en mettant fin aux « ribaltoni » (renversements de majorité), aux gouvernements techniques et aux majorités « arc-en-ciel » sans lien avec le vote, et donne à l’élu une législature entière pour appliquer son programme.[6][8]
  • La ministre Casellati relie l’instabilité gouvernementale — plus de 68 gouvernements, 14 mois en moyenne — au manque d’autorité internationale, à l’impossibilité de politiques de long terme et à 275 Md€ d’intérêts sur la dette publique ; elle indique que le gouvernement a renoncé au semi-présidentialisme à la française de son programme face à l’opposition.[4]
  • Entendu par la commission de la Chambre, le professeur Alfonso Celotto (Roma Tre) estime qu’un exécutif élu directement allonge la durée des gouvernements et les rapproche du choix des électeurs, en rappelant que régions et communes sont déjà passées à des exécutifs élus directement pour gagner en stabilité.[13]
  • La présidente du Conseil récuse l’idée que la réforme vise le chef de l’État : selon elle, les pouvoirs du président de la République « restent les mêmes ».[9]

Selon ses opposants

  • Pour Federico Fornaro (Parti démocrate), la réforme n’a rien de minimal : elle change radicalement la forme de gouvernement et inscrit pour la première fois des éléments de la loi électorale dans la Constitution (prime majoritaire, élection du président du Conseil entraînant celle des chambres) ; son groupe refuse de passer aux amendements tant que le gouvernement n’a pas présenté de loi électorale.[4]
  • Carmela Auriemma (Mouvement 5 étoiles) soutient que la gouvernabilité peut être renforcée sans transférer la représentation du Parlement vers un organe d’une seule personne, par exemple par la défiance constructive ou le pouvoir du président du Conseil de révoquer des ministres.[4]
  • Le professeur Massimo Luciani (Sapienza) a déclaré devant la commission que le texte réduit drastiquement les pouvoirs du chef de l’État dans les crises politiques et qu’une prime majoritaire décisive forcerait des coalitions électorales hétérogènes, donc des majorités volatiles.[11]
  • Le professeur Andrea Morrone (Bologne) y voit un « inédit absolu », sans équivalent dans aucune constitution en vigueur, qui mêle présidentialisme et parlementarisme, et rappelle qu’Israël a abandonné l’élection directe de son Premier ministre (1996-2001).[12]

Indicateurs à suivre

  • Confiance dans le gouvernement · OCDEVoir la carte →
  • Confiance dans le parlement · OCDEVoir la carte →
  • Satisfaction démocratique · OCDEpas encore de carte Citoyen
  • Nombre et durée des gouvernements · Presidenza del Consiglio dei ministripas encore de carte Citoyen
  • Participation aux élections générales · Ministero dell’Internopas encore de carte Citoyen

Sources

  1. [1]A.C. 1921 — Disegno di legge costituzionale approvato, in prima deliberazione, dal Senato della Repubblica il 18 giugno 2024 (v. stampato Senato n. 935): « Modifiche alla parte seconda della Costituzione per l’elezione diretta del Presidente del Consiglio dei ministri… » — Camera dei deputati, 18 juin 2024
  2. [2]Atto Camera 1921 — Lavori preparatori (iter, esame in Commissione, audizioni) — Camera dei deputati, 5 novembre 2026
  3. [3]Disposizioni per l’introduzione dell’elezione diretta del Presidente del Consiglio dei ministri in Costituzione — AA.C. 1354 e 1921, Schede di lettura n. 319 — Camera dei deputati — Servizio Studi, 4 juillet 2024
  4. [4]Bollettino delle Giunte e delle Commissioni parlamentari — I Commissione (Affari costituzionali), sede referente, 4 luglio 2024: C. 1354 Boschi e C. 1921 Governo — Camera dei deputati, 4 juillet 2024
  5. [5]Comunicato stampa del Consiglio dei Ministri n. 57 — Elezione diretta del Presidente del Consiglio — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri, 3 novembre 2023
  6. [6]Intervento del Presidente Meloni all’incontro « La Costituzione di tutti. Dialogo sul premierato » — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri, 8 mai 2024
  7. [7]Conferenza stampa di inizio anno del Presidente Meloni (9 gennaio 2025) — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri, 9 janvier 2025
  8. [8]Intervento del Presidente Meloni al Meeting di Rimini 2025 — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri, 27 août 2025
  9. [9]Conferenza stampa di inizio anno del Presidente Meloni (9 gennaio 2026) — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri, 9 janvier 2026
  10. [10]Costituzione della Repubblica italiana — Parte II, Titolo VI « Garanzie costituzionali » (art. 138) — Governo italiano — Presidenza del Consiglio dei ministri
  11. [11]Massimo Luciani — Appunti per l’audizione innanzi la I Commissione (Affari costituzionali) della Camera dei deputati, 18 luglio 2024 (C. 1354 e C. 1921) — Camera dei deputati — documenti acquisiti, 18 juillet 2024
  12. [12]Andrea Morrone — Appunto per audizione alla I Commissione « Affari costituzionali » della Camera dei deputati, 25 giugno 2025 (C. 1921 e abb.) — Camera dei deputati — documenti acquisiti, 25 juin 2025
  13. [13]Alfonso Celotto — Schema della audizione, I Commissione della Camera dei deputati, 3 ottobre 2024 (C. 1354 e C. 1921) — Camera dei deputati — documenti acquisiti, 3 octobre 2024