Une espérance de vie parmi les plus élevées d'Amérique latine et une couverture universelle de fait, mais un système fragmenté, une mortalité infantile qui remonte en taux avec l'effondrement des naissances, et un hôpital public au cœur du bras de fer budgétaire.
L'essentiel
- L'espérance de vie atteint 77,5 ans en 2024, au-dessus du Brésil et du Mexique, pour une dépense de santé d'environ 10 % du PIB.
- La mortalité infantile est remontée à 8,5 ‰ en 2024, une première depuis 2002 — moins par hausse des décès que par la chute des naissances.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Santé en Argentine. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (INDEC, ministère de la Santé, OMS, OCDE). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est le système de santé
Une espérance de vie relativement élevée. L'espérance de vie à la naissance atteint 77,5 ans en 2024 (Banque mondiale), parmi les plus élevées d'Amérique latine, au-dessus du Brésil (76,0) et du Mexique (75,3), mais environ cinq ans sous la France (83,0). Elle a retrouvé son niveau d'avant la pandémie, qui l'avait fait reculer de plus de deux ans.
Une couverture universelle de fait, un système fragmenté. L'accès aux soins repose sur trois sous-systèmes : le secteur public gratuit (hôpitaux nationaux, provinciaux et municipaux), les obras sociales liées à l'emploi (dont le PAMI pour les retraités) et les mutuelles privées (prepagas). La dépense totale de santé avoisine 10,3 % du PIB en 2023 (OMS / Banque mondiale), un niveau proche de l'Europe, mais sa fragmentation crée des doublons, des inégalités de qualité et des écarts marqués entre provinces.
La mortalité infantile remonte en taux. Selon les statistiques vitales du ministère de la Santé (DEIS), le taux de mortalité infantile est passé de 8,0 à 8,5 ‰ en 2024, la première hausse depuis 2002. Le nombre de décès a pourtant baissé (3 513 contre 3 689 en 2023) : c'est l'effondrement des naissances — 413 135 en 2024, contre 777 012 en 2014, pour une fécondité de 1,3 enfant par femme — qui fait monter le taux. Les écarts restent forts : 14 ‰ à Corrientes, 4,9 ‰ dans la Ville de Buenos Aires.
L'hôpital pédiatrique, symbole du conflit budgétaire. Les grèves du personnel de l'hôpital pédiatrique Garrahan ont conduit le Congrès à voter en 2025 une loi d'urgence pédiatrique (loi 27.796, un an) prévoyant une revalorisation des salaires et un financement prioritaire. Le président Milei y a opposé son veto ; le Congrès a insisté en octobre 2025 et la loi a été promulguée, mais son application a été subordonnée à l'existence de ressources. Le gouvernement a en revanche relevé les crédits des hôpitaux de haute complexité, surtout pédiatriques. L'urgence, votée pour un an, arrivait à échéance à l'automne 2026 ; des députés ont proposé de la prolonger ou de la pérenniser.
Couverture privée et médicaments sous tension. La dérégulation des tarifs des prepagas (décret de décembre 2023) a entraîné de fortes hausses en 2024, avant un retour à un rythme proche de l'inflation (environ 32 % en 2025, pour une inflation de 31,5 %, selon des données du secteur). Des centres d'études proches de l'opposition estiment que plusieurs centaines de milliers de personnes ont perdu leur couverture privée ou d'obra social depuis fin 2023, ce qui reporte la demande sur l'hôpital public. Les changements de couverture des médicaments du PAMI pour les retraités ont aussi suscité des protestations des pharmacies et des associations.
2. Perspectives — vers où va le système
Financement dans l'austérité. La priorité gouvernementale à l'excédent budgétaire contraint les transferts fédéraux aux hôpitaux et aux programmes de santé ; l'examen du budget 2027 au Congrès sera l'occasion d'un nouvel arbitrage entre rigueur et besoins hospitaliers. Le gouvernement met en avant la stabilisation des prix et la maîtrise des dépenses ; les syndicats et l'opposition, la hausse de la demande dans le secteur public.
Réduire la fragmentation. Mieux coordonner public, obras sociales et privé (dossier médical partagé, achats groupés de médicaments, liberté de choix de l'obra social) est un enjeu d'équité et d'efficacité de long terme, au cœur des projets de dérégulation du gouvernement comme des critiques de ses opposants.
Réduire les inégalités régionales. Améliorer l'accès dans les provinces du Nord, où la mortalité infantile et maternelle reste bien plus élevée qu'à Buenos Aires, est un enjeu d'équité.
Vieillissement et maladies chroniques. La chute de la natalité accélère le vieillissement : la charge des maladies chroniques et la soutenabilité du PAMI deviendront centrales.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) réduire la fragmentation du système ; (2) préserver le financement hospitalier dans l'austérité ; (3) réduire les inégalités régionales, notamment en santé maternelle et infantile.
3. Comparaison internationale — l'Argentine parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Argentine a des résultats de santé relativement bons pour l'Amérique latine, mais un système fragmenté et sous tension.
Trois enseignements. (1) Espérance de vie : élevée pour la région. À 77,5 ans en 2024, elle dépasse le Brésil (76,0) et le Mexique (75,3), sous l'Union européenne (81,6) et la France (83,0).
(2) Une dépense élevée, un rendement discuté. À environ 10 % du PIB, l'Argentine dépense autant que l'UE et presque deux fois plus que le Mexique (5,5 %), sans en atteindre les résultats ; la fragmentation est souvent avancée pour l'expliquer, à la différence du SUS brésilien unifié.
(3) Une mortalité infantile intermédiaire. À 8 ‰ (2024, estimation harmonisée de la Banque mondiale), elle reste inférieure au Brésil et au Mexique (environ 12 ‰) mais plus du double de l'UE (3,2 ‰).
Comparaison internationale — santé
| Pays | Espérance de vie (2024) | Dépense santé (% PIB) | Système |
|---|---|---|---|
| France | 83,0 ans | 11,5 % (2024) | universel |
| Union européenne | 81,6 ans | 10,5 % (2024) | universel |
| Brésil | 76,0 ans | 9,7 % (2023) | universel (SUS) |
| Mexique | 75,3 ans | 5,5 % (2023) | fragmenté |
| Argentine | 77,5 ans | 10,3 % (2023) | fragmenté (couverture large) |
Sources : Banque mondiale (espérance de vie 2024 ; dépense courante de santé, estimations OMS) — dernières valeurs réalisées disponibles.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Espérance de vie (2024) | 77,5 ans | Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Dépense de santé / PIB (2023) | 10,3 % | OMS / Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Mortalité infantile (2024) | 8,5 ‰ (8,0 en 2023) | Ministère de la Santé — DEIS |
| Naissances (2024) | 413 135 (777 012 en 2014) | Ministère de la Santé — DEIS |
| Loi d'urgence pédiatrique | loi 27.796 (2025), application conditionnée | Congrès / Bulletin officiel |
Sources (analyses nationales et références)
INDEC · ministère de la Santé (DEIS, statistiques vitales 2024) · OMS · OCDE · Banque mondiale · Congrès national et Bulletin officiel (loi 27.796) · Chequeado.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.