Un pays façonné par l'immigration, où 4,2 % des habitants sont nés à l'étranger (recensement 2022), et dont la tradition d'ouverture est remise en cause par le durcissement décidé par décret en 2025 — en partie invalidé par les tribunaux en 2026.
L'essentiel
- 4,2 % des habitants de l'Argentine sont nés à l'étranger (recensement 2022), surtout au Paraguay, en Bolivie et au Venezuela.
- Le décret 366/2025 a rompu avec la loi migratoire de 2004 ; en 2026, plusieurs tribunaux l'ont jugé inconstitutionnel, et la Cour suprême doit trancher.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Immigration en Argentine. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (INDEC, DNM, OIM, HCR, R4V). L'Argentine est historiquement un pays d'immigration (européenne, puis régionale), dont la politique migratoire a nettement changé de cap depuis 2025. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est l'immigration en Argentine
Une nation d'immigration. L'Argentine s'est construite par une immigration massive (Italiens, Espagnols…) au tournant du XXe siècle — une matrice nationale qui distingue le pays dans la région et nourrit encore l'identité collective.
Une immigration aujourd'hui régionale et modérée. Selon le recensement de 2022 (INDEC), 1 933 463 personnes, soit 4,2 % de la population vivant en logement ordinaire, sont nées à l'étranger. Parmi elles, 27 % sont nées au Paraguay (trois points de moins qu'en 2010), 17,5 % en Bolivie, 8,4 % au Venezuela, 8,1 % au Pérou et 7,7 % au Chili. Plus de la moitié vit dans la province de Buenos Aires et la capitale : une immigration de travail et de proximité, ancrée dans les grandes agglomérations.
Une vague vénézuélienne récente. Le Venezuela est devenu en 2022 le troisième pays de naissance des immigrés, avec environ 161 500 personnes recensées. Les estimations de la plateforme interagences R4V (OIM-HCR), qui incluent les personnes non recensées, sont plus élevées : plus de 220 000 Vénézuéliens selon le chiffre repris par le gouvernement argentin en 2023. L'écart entre les deux mesures tient à leur méthode, pas à une contradiction. Cette immigration est souvent qualifiée et a longtemps bénéficié de facilités de régularisation dans le cadre du Mercosur.
Un cadre longtemps ouvert. La loi migratoire 25.871 de 2004 reconnaît la migration comme un droit humain et garantit aux étrangers, quel que soit leur statut, l'accès à la santé et à l'éducation publiques. Les accords de résidence du Mercosur facilitent l'installation des ressortissants de la région.
Le tournant du décret 366/2025. Publié le 28 mai 2025, ce décret de nécessité et d'urgence (DNU) du gouvernement de Javier Milei a réécrit une large part de ce cadre : soins dans les hôpitaux publics payants pour les étrangers non résidents (urgences exceptées), universités nationales autorisées à faire payer les étrangers sans résidence permanente, expulsion des étrangers condamnés quelle que soit l'infraction et procédures accélérées, refus d'entrée en cas d'antécédents pénaux, et naturalisation soumise à deux ans de résidence légale continue, instruite par la Direction nationale des migrations (DNM) au lieu des juges. Le décret prévoit aussi une citoyenneté par investissement, dont le lancement est annoncé pour la fin 2026.
Une mise en œuvre inégale. Une résolution de 2026 a organisé la facturation des soins aux non-résidents dans les hôpitaux nationaux — les hôpitaux provinciaux relèvent des provinces, dont certaines (Salta dès 2024) facturaient déjà. Côté universités, aucune université nationale n'avait décidé à l'été 2026 de faire payer les étudiants étrangers, selon la presse argentine. Le gouvernement revendique environ 14 000 expulsions en six mois (bilan de juin 2026) ; ce chiffre est contesté par le site de vérification Chequeado, qui le juge trompeur faute de données détaillées publiées par la DNM.
Argentine — Solde migratoire
2. Perspectives — vers où va l'immigration
Un décret fragilisé en justice. En 2026, plusieurs juridictions ont jugé le DNU 366/2025 contraire à la Constitution, faute d'urgence justifiant de contourner le Congrès, qui siégeait alors : la chambre civile et commerciale fédérale (18 juin, articles sur la nationalité, dans un dossier individuel), la Chambre nationale électorale, qui l'a déclaré nul le 30 juin, et un tribunal fédéral d'Esquel pour les articles sur les expulsions. Ces décisions valent pour les affaires jugées : le décret reste appliqué ailleurs, et la Cour suprême doit encore se prononcer.
Un Congrès qui n'a pas tranché. Un DNU ne tombe que s'il est rejeté par les deux chambres (loi 26.122). Des projets d'annulation ont été déposés à la Chambre des députés, sans vote des deux chambres à ce jour. La tentative de l'opposition de durcir le régime des DNU a échoué en octobre 2025, et le gouvernement, renforcé par les élections de mi-mandat d'octobre 2025, continue de légiférer par décret.
Un nouveau durcissement. Le décret 681/2026 (30 juillet 2026) modifie à nouveau la loi migratoire : il permet de refuser l'entrée, ou d'annuler la résidence et d'expulser, des étrangers ayant tenu des « messages de haine » contre les Argentins — mesure présentée comme une réponse aux réactions hostiles après la finale de la Coupe du monde 2026. Des parlementaires et juristes contestent sa constitutionnalité au regard de la liberté d'expression.
Émigration des jeunes. Les crises ont aussi alimenté une émigration de jeunes qualifiés, vers l'Espagne surtout : l'INE espagnol comptait environ 416 000 ressortissants argentins résidents au 1er janvier 2024 (+37 % en quatre ans). L'envie de partir semble refluer avec la désinflation : selon un sondage de Mora Jozami, la part des 16-29 ans ayant envisagé d'émigrer est passée de 33 % (octobre 2024) à 27 % (novembre 2025).
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) l'arrêt de la Cour suprême sur le DNU 366/2025 ; (2) l'effet réel des mesures sur l'accès aux soins et à l'université, aujourd'hui mal mesuré faute de statistiques publiques ; (3) l'intégration des migrants régionaux, notamment vénézuéliens, dans un contexte d'austérité.
3. Comparaison internationale — l'Argentine parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Argentine reste un pays d'immigration régionale, mais dont le cadre juridique se rapproche des politiques restrictives observées ailleurs.
Trois enseignements. (1) Part d'immigrés : modérée. À 4,2 %, elle est bien inférieure aux États-Unis (≈ 15 %) ou à l'Allemagne (≈ 18 %), mais nettement supérieure à celle du Brésil et du Mexique, où elle reste faible.
(2) Une immigration de proximité. Comme le Mexique pour l'Amérique centrale, l'Argentine accueille surtout ses voisins ; l'Argentine figure parmi les pays d'accueil sud-américains des Vénézuéliens, loin derrière la Colombie et le Pérou.
(3) Un modèle en débat. Le passage d'une loi fondée sur le « droit à migrer » à un régime de conditions et d'expulsions rapproche l'Argentine des débats américains et européens — avec une particularité : la réforme passe par décret, et ce sont les juges, plus que le Parlement, qui en fixent aujourd'hui les limites.
États-Unis — Part de la population immigrée
Comparaison internationale — immigration
| Pays | Part immigrés | Origines | Modèle |
|---|---|---|---|
| Allemagne | ≈ 18 % | UE, Turquie, réfugiés | intégration |
| États-Unis | ≈ 15 % | Amérique latine, Asie | creuset |
| Mexique | faible | transit | transit/émigration |
| Brésil | faible | régionale (Venezuela) | intégration |
| Argentine | 4,2 % (2022) | régionale (Paraguay, Bolivie, Venezuela) | ouverture (2004) → durcissement (2025-2026) |
Sources : INDEC (recensement 2022), OIM, HCR, R4V, OCDE — dernières valeurs réalisées disponibles. « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Part née à l'étranger (2022) | 4,2 % (1 933 463 pers.) | INDEC, recensement 2022 |
| Origines principales (2022) | Paraguay 27 %, Bolivie 17,5 %, Venezuela 8,4 % | INDEC |
| Vénézuéliens | ≈ 161 500 (recensement 2022) ; > 220 000 (R4V, 2023) | INDEC, R4V |
| Cadre migratoire | loi 25.871 (2004) modifiée par DNU 366/2025 et 681/2026 | Boletín Oficial |
| Statut du DNU 366/2025 | jugé inconstitutionnel par plusieurs tribunaux (2026) ; Cour suprême saisie | presse judiciaire |
| Argentins résidant en Espagne | ≈ 416 000 (1er janv. 2024) | INE (Espagne) |
Sources (analyses nationales et références)
INDEC (recensement 2022, population née à l'étranger) · DNM (Dirección Nacional de Migraciones) · Boletín Oficial (DNU 366/2025, décret 681/2026) · décisions de la Chambre nationale électorale et de la chambre civile et commerciale fédérale (2026) · R4V (OIM-HCR) · INE (Espagne) · Chequeado · OIM · HCR · OCDE.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.