Les morts violentes ont reculé en 2025 à leur plus bas niveau depuis 2012 (19,1 pour 100 000), mais la létalité policière et les féminicides atteignent des records, et le crime organisé reste au cœur d'une réforme constitutionnelle adoptée en novembre 2026.
L'essentiel
- 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025 : un recul de 8,2 % et, pour la première fois, un taux sous 20 pour 100 000 habitants.
- Dans le même temps, les polices ont tué 6 602 personnes en 2025 — un record, soit 16,2 % de toutes les morts violentes du pays.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Sécurité au Brésil. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (Fórum Brasileiro de Segurança Pública — Anuário 2026, ministère de la Justice, UNODC). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la sécurité
Des morts violentes au plus bas depuis 2012. Selon la 20e édition de l'Anuário Brasileiro de Segurança Pública (FBSP, publiée le 23 juillet 2026), le Brésil a enregistré 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025, contre environ 44 100 en 2024, soit une baisse de 8,2 %. Le taux tombe à 19,1 pour 100 000 habitants (20,6 en 2024), sous la barre de 20 pour la première fois depuis le début de la série en 2012. Le pays reste néanmoins l'un de ceux qui comptent le plus d'homicides au monde en valeur absolue.
Une géographie très contrastée. La baisse est générale mais inégale : l'Amapá demeure l'État le plus violent et la Bahia suit avec un taux de 36,8 pour 100 000, près du double de la moyenne nationale, tandis que plusieurs États du Centre-Ouest et du Sud-Est affichent leurs plus bas historiques (Goiás : 16,5). La violence létale s'est déplacée depuis une décennie vers le Nord et le Nord-Est, au rythme des guerres de factions pour les routes de la drogue.
Le crime organisé et le trafic. La violence reste largement liée au crime organisé (Primeiro Comando da Capital, Comando Vermelho, milices) et au trafic de drogue, qui contrôlent des territoires entiers (favelas, régions frontalières, Amazonie) et diversifient leurs activités (carburants, fintechs, orpaillage). C'est un enjeu de sécurité, mais aussi politique et économique.
Une létalité policière record. L'Anuário recense 6 602 personnes tuées par des interventions policières en 2025, le chiffre le plus élevé de la série (+5,4 % sur un an, soit 18 par jour) ; elles représentent 16,2 % de toutes les morts violentes et environ 82 % des victimes sont noires. Le 28 octobre 2025, l'« Operação Contenção » contre le Comando Vermelho dans les complexes de la Penha et de l'Alemão, à Rio de Janeiro, a fait plus de 115 morts, dont 4 policiers selon les bilans officiels (les décomptes varient entre 119 et 121) — l'opération la plus meurtrière de l'histoire de la ville, saluée par une partie de l'opinion et dénoncée par les organisations de droits humains.
Féminicides : quatrième record consécutif. 1 571 féminicides ont été enregistrés en 2025 (1 504 en 2024, environ +4 %), et 44,4 % des femmes assassinées l'ont été pour des raisons de genre, la part la plus élevée depuis l'entrée du féminicide dans le Code pénal en 2015.
Vols de téléphones et escroqueries numériques. Environ 830 000 téléphones ont été volés ou dérobés en 2025 (un toutes les 38 secondes), en baisse ; les vols avec violence ont reculé de 18,6 %, ce que le FBSP relie notamment au programme fédéral Celular Seguro. À l'inverse, les escroqueries (estelionatos) ont augmenté de près de 430 % depuis 2018 avec leur migration vers le numérique. Selon une enquête FBSP-Datafolha de mars 2026, 83,2 % des Brésiliens craignent d'être victimes d'une escroquerie en ligne ou par téléphone.
Brésil — Homicides
2. Perspectives — vers où va la sécurité
Un nouvel arsenal législatif contre les factions. La loi antifaction (Lei 15.358/2026, « marco legal » du combat contre le crime organisé) a été promulguée le 24 mars 2026 avec deux vetos présidentiels : peines alourdies pour la participation à une faction ou à une milice, saisie facilitée des biens, restrictions de certains bénéfices pour les condamnés. Ses effets ne sont pas encore mesurables.
La PEC de la Sécurité publique. Approuvée par la Chambre des députés en mars 2026 puis par le Sénat à l'unanimité le 3 novembre 2026, la proposition d'amendement constitutionnel part à la promulgation. Elle renforce le rôle de l'Union (Police fédérale, coordination nationale, financement) dans un domaine jusqu'ici dominé par les États ; la baisse de la majorité pénale a été disjointe et poursuit un examen séparé. Ses partisans y voient la fin de l'éclatement des politiques ; ses critiques redoutent une centralisation ou, à l'inverse, des moyens insuffisants.
Réduire la létalité policière. Le contrôle des opérations dans les favelas (encadrées depuis 2020 par la Cour suprême, ADPF 635), les caméras corporelles et la responsabilité des polices militaires des États restent au cœur du débat, dans un contexte de fortes attentes sécuritaires : la sécurité a été l'un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle d'octobre 2026.
Inégalités et violences de genre. Réduire la surmortalité violente des jeunes hommes noirs et des quartiers pauvres (cf. catégorie Cohésion sociale), et inverser la courbe des féminicides, qui progresse malgré la baisse générale, sont deux priorités affichées.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) confirmer la baisse des homicides, alors que les explications (démographie, politiques des États, trêves entre factions) restent débattues ; (2) réduire la létalité policière ; (3) mettre en œuvre la PEC et la loi antifaction face aux factions.
3. Comparaison internationale — le Brésil parmi ses pairs
Replacé dans son environnement, le Brésil fait partie des pays à très forte violence létale, un trait partagé avec plusieurs pays d'Amérique latine et l'Afrique du Sud — même si sa trajectoire récente est à la baisse.
Trois enseignements. (1) Homicides : très élevés. À 19,1 / 100 000 en 2025 (définition nationale « morts violentes intentionnelles », qui inclut les morts causées par la police), le taux brésilien reste plusieurs fois supérieur aux États-Unis (≈ 5-6) et sans commune mesure avec l'Europe (France ≈ 1,2), proche du Mexique et nettement sous l'Afrique du Sud (≈ 40+).
(2) Le poids du crime organisé. Comme le Mexique, le Brésil affronte une violence largement liée au crime organisé et au trafic — un trait distinctif de l'Amérique latine.
(3) Une létalité policière singulière. Avec plus de 6 600 morts en 2025, la létalité policière brésilienne est parmi les plus élevées au monde, très au-delà des autres pays du comparatif, un enjeu de droits humains spécifique.
France — Taux d'homicides
États-Unis — Taux d'homicides
Mexique — Homicides
Afrique du Sud — Homicides
Brésil — Homicides
Comparaison internationale — homicides
| Pays | Homicides / 100 000 (dernière année) | Facteur dominant | Tendance |
|---|---|---|---|
| France | ≈ 1,2 | — | stable |
| États-Unis | ≈ 5-6 | armes à feu | en baisse |
| Mexique | ≈ 25 | crime organisé | élevée |
| Afrique du Sud | ≈ 40+ | criminalité, inégalités | élevée |
| Brésil | 19,1 (2025) | crime organisé, trafic | en baisse |
Sources : FBSP (Anuário 2026, données 2025), UNODC et sources nationales (dernière année disponible, 2023-2024 pour les autres pays). Le chiffre brésilien suit la définition nationale des morts violentes intentionnelles. Seuls les homicides sont raisonnablement comparables ; les autres colonnes sont qualitatives. « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Morts violentes intentionnelles (2025) | 40 775 · 19,1 / 100 000 (−8,2 %) | FBSP, Anuário 2026 (carte Citoyen) |
| Morts par intervention policière (2025) | 6 602 (record, 16,2 % des MVI) | FBSP, Anuário 2026 |
| Féminicides (2025) | 1 571 (record, ≈ +4 %) | FBSP, Anuário 2026 |
| Téléphones volés ou dérobés (2025) | ≈ 830 000 (en baisse) | FBSP, Anuário 2026 |
| Crainte des escroqueries numériques (mars 2026) | 83,2 % | FBSP / Datafolha |
Sources (analyses nationales et références)
Fórum Brasileiro de Segurança Pública (FBSP — Anuário Brasileiro de Segurança Pública 2026, enquête FBSP-Datafolha de mars 2026) · ministère de la Justice et de la Sécurité publique · Congrès national (Lei 15.358/2026, PEC de la Sécurité publique) · UNODC (homicides intentionnels) · OMS.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Comparaisons internationales limitées aux homicides. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.