Longtemps parmi les plus faibles de l'OTAN, l'effort de défense canadien a atteint 2 % du PIB en 2025 selon l'Alliance, pour la première fois depuis 1990 ; reste à tenir l'objectif de 5 % en 2035 et à mener des achats historiques, des sous-marins aux avions de chasse.
L'essentiel
- Selon l'OTAN, le Canada a consacré 63,4 milliards de dollars à sa défense en 2025, soit 2 % du PIB — une première depuis 1990.
- Le choix de l'allemand TKMS pour jusqu'à 12 sous-marins et la révision de l'achat des F-35 traduisent une volonté de diversifier les fournisseurs au-delà des États-Unis.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Défense au Canada. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (ministère de la Défense nationale, SIPRI, OTAN, IISS). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la défense canadienne
La cible des 2 % atteinte en 2025. Selon le rapport annuel de l'OTAN publié en mars 2026, le Canada a dépensé 63,4 milliards de dollars canadiens pour sa défense en 2025, soit 2,0 % du PIB — la première fois depuis 1990. Le gouvernement Carney avait ajouté 9,3 milliards de dollars en cours d'exercice pour atteindre 2,01 % du PIB en 2025-2026. Le Canada passe ainsi du bas du classement de l'Alliance au plancher commun : en 2025, tous les membres de l'OTAN atteignent ou dépassent 2 %, selon les estimations de l'Alliance.
Une mesure qui dépend de la méthode. Le SIPRI, qui applique sa propre définition, chiffre la dépense canadienne de 2025 à 37,5 milliards de dollars américains, environ 1,6 % du PIB, au 16e rang mondial. L'écart avec l'OTAN tient au périmètre retenu (pensions, garde côtière, certaines dépenses de sécurité) — d'où la prudence nécessaire dans les comparaisons.
Une géographie protectrice, une dépendance américaine. Vaste territoire, océans et voisinage américain ont longtemps réduit le sentiment de menace. La défense du continent repose sur le NORAD, commandement aérospatial intégré avec les États-Unis, et le Canada, sans arme nucléaire, s'appuie sur la dissuasion de l'OTAN et des États-Unis. Les tensions commerciales et politiques avec Washington depuis 2025 ont rendu cette dépendance plus visible.
Des forces armées sous tension. Les Forces armées canadiennes connaissent depuis plusieurs années des difficultés de recrutement, de rétention et de disponibilité des équipements, pointées par le directeur parlementaire du budget ; la hausse rapide des crédits doit désormais se traduire en capacités réelles.
Des achats historiques. Le 6 juillet 2026, Ottawa a désigné l'allemand TKMS (sous-marin Type 212CD) fournisseur privilégié pour jusqu'à 12 sous-marins conventionnels capables d'opérer sous la glace, devant le sud-coréen Hanwha ; les négociations doivent durer jusqu'à fin 2027, pour de premières livraisons visées en 2034. Pour les avions de chasse, le gouvernement a confirmé en février 2026 des paiements pour 14 F-35 supplémentaires (30 au total) mais poursuit la révision du contrat de 88 appareils lancée en mars 2025 ; une flotte mixte F-35 / Gripen suédois est évoquée sans décision publiée à ce jour.
Canada — Dépenses de défense
2. Perspectives — vers où va la défense
De 2 % à 5 %. Au sommet de La Haye (juin 2025), les alliés se sont engagés à consacrer 5 % du PIB à la sécurité d'ici 2035 : 3,5 % pour la défense proprement dite et 1,5 % pour des investissements connexes (infrastructures, cybersécurité, résilience). Le premier ministre Carney a repris cet objectif, dont il estime le coût jusqu'à 150 milliards de dollars par an ; le budget de novembre 2025 prévoyait près de 82 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires sur plusieurs années. Le financement de cette trajectoire, dans un contexte de déficits, et la définition des dépenses « connexes » font débat.
L'Arctique. La défense de l'Arctique, exposé à l'ouverture de routes maritimes et aux ambitions russes et chinoises, est une priorité stratégique majeure : surveillance, modernisation du NORAD et sous-marins capables de naviguer sous la glace, critère central du choix de 2026.
Diversifier les fournisseurs. Le choix de TKMS, justifié notamment par l'interopérabilité avec les alliés européens, et la révision du contrat F-35 traduisent la volonté de réduire la dépendance industrielle envers les États-Unis — au risque de frictions avec Washington, opposé à une flotte mixte.
Dépenser, puis exécuter. Plusieurs analystes soulignent que l'enjeu se déplace du montant vers la capacité à exécuter : acquisitions plus rapides, recrutement et rétention du personnel.
Les questions ouvertes. Trois arbitrages structureront la période : (1) financer la trajectoire vers 3,5 % puis 5 % du PIB ; (2) conclure les contrats sous-marins et chasseurs ; (3) transformer les crédits en forces disponibles, notamment dans l'Arctique.
3. Comparaison internationale — le Canada parmi les puissances militaires
Replacé dans son environnement, le Canada a rejoint le plancher de l'OTAN sans rattraper les grandes puissances militaires européennes, et reste dépendant de l'allié américain.
Trois enseignements. (1) Un effort rattrapé, mais modeste. À 2,0 % du PIB selon l'OTAN (1,6 % selon le SIPRI), le Canada reste derrière le Royaume-Uni (2,3 % selon l'OTAN) et l'Allemagne, dans la zone de la France et de l'Italie. En volume (SIPRI 2025), ses 37,5 milliards de dollars américains se comparent aux 48 milliards de l'Italie, loin de la France (68), du Royaume-Uni (89) et de l'Allemagne (114).
(2) Sans nucléaire, dépendant des États-Unis. Comme l'Allemagne et l'Italie, le Canada n'a pas l'arme nucléaire ; sa défense continentale repose sur le NORAD et l'allié américain.
(3) Un enjeu arctique montant. La défense de l'Arctique est une dimension stratégique propre au Canada (avec la Russie et les pays nordiques), qui pousse au réinvestissement.
France — Dépenses de défense
Italie — Dépenses de défense
Canada — Dépenses de défense
Comparaison internationale — efforts de défense
| Pays | Budget 2025 (Md$ US, SIPRI) | % PIB | Dissuasion nucléaire |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 954 | ≈ 3,2-3,4 % | ✓ |
| Royaume-Uni | 89,0 | 2,3 % (OTAN 2025) | ✓ |
| Allemagne | 114 | ≈ 2,1-2,4 % | ✗ |
| France | 68,0 | ≈ 2,0-2,1 % | ✓ |
| Italie | 48,1 | ≈ 1,5-2,0 % | ✗ |
| Canada | 37,5 | 2,0 % (OTAN) · 1,6 % (SIPRI) | ✗ |
Sources : SIPRI (dépenses 2025, base d'avril 2026), OTAN (estimations 2025 publiées en mars 2026). Les parts du PIB diffèrent selon la méthode (OTAN vs SIPRI) ; les fourchettes en reflètent l'écart. « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépenses de défense (2025, OTAN) | 63,4 Md$ CA · 2,0 % du PIB | OTAN (carte Citoyen) |
| Dépenses militaires (2025, SIPRI) | 37,5 Md$ US · ≈ 1,6 % du PIB · 16e mondial | SIPRI (carte Citoyen) |
| Objectif OTAN 2035 | 5 % du PIB (3,5 % défense + 1,5 % connexe) | Sommet de La Haye (2025) |
| Sous-marins | jusqu'à 12 Type 212CD (TKMS, fournisseur privilégié) | Gouvernement du Canada (juillet 2026) |
| Dissuasion nucléaire | aucune (OTAN / US) | IISS |
| Défense continentale | NORAD (avec les États-Unis) | Min. Défense nationale |
Sources (analyses nationales et références)
Ministère de la Défense nationale (budget, posture, Arctique) · Cabinet du premier ministre (annonces de mars et juillet 2026) · directeur parlementaire du budget (DPB — coûts, équipement) · NORAD · OTAN (dépenses de défense des pays membres, 2026) · SIPRI (Military Expenditure Database, avril 2026) · IISS (Military Balance).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Les budgets varient selon le périmètre et l'année (fourchettes). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.