Un système à trois étages — pension universelle financée par l'impôt, régime contributif adossé à l'un des plus grands fonds de pension du monde, épargne privée — qui dépense peu en part du PIB et figure parmi ceux que les actuaires jugent soutenables.
L'essentiel
- Le fonds du Régime de pensions du Canada atteignait 793,3 milliards de dollars au 31 mars 2026.
- Les pensions publiques canadiennes pèsent moins de 6 % du PIB, deux fois moins qu'en France — mais la retraite repose aussi sur 3,5 points de PIB de pensions privées.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Retraites au Canada. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (Statistique Canada, Emploi et Développement social Canada, Investissements RPC ; OCDE — SOCX et Pensions at a Glance) et les analyses de référence (Bureau de l'actuaire en chef, directeur parlementaire du budget). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en sont les retraites canadiennes
Une dépense publique modérée. Selon la base SOCX de l'OCDE, les pensions publiques en espèces (vieillesse et survivants) représentaient 5,9 % du PIB en 2022, auxquels s'ajoutaient 3,5 points de pensions privées. Ce périmètre (prestations en espèces, public et privé séparés) n'est pas celui d'Eurostat (ESSPROS) : les deux mesures ne se comparent pas comme une seule. Le faible poids public tient à une population encore un peu moins âgée que celle de l'Europe et à la place des régimes d'employeur.
Premier étage : la Sécurité de la vieillesse. La pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), financée par l'impôt, est versée dès 65 ans selon la durée de résidence, et récupérée en partie auprès des hauts revenus. Le Supplément de revenu garanti (SRG) s'y ajoute pour les retraités modestes. Les montants sont indexés chaque trimestre sur l'inflation ; depuis juillet 2022, la PSV des 75 ans et plus est majorée de 10 %.
Deuxième étage : le RPC et le RRQ. Le Régime de pensions du Canada (RPC) — et au Québec, le Régime de rentes du Québec (RRQ) — est contributif : 5,95 % du salaire pour l'employeur comme pour le salarié dans la limite d'un plafond, plus une cotisation supplémentaire au-delà. La pension, prise entre 60 et 70 ans avec 65 ans comme âge de référence, atteint au maximum 1 507,65 dollars par mois à 65 ans en 2026. La « bonification » engagée en 2019 et achevée en 2025 relève progressivement le taux de remplacement visé d'un quart à un tiers des revenus couverts. Le fonds géré par Investissements RPC atteignait 793,3 milliards de dollars au 31 mars 2026, avec un rendement net de 7,8 % sur l'exercice, inférieur à son portefeuille de référence (13,2 %).
Troisième étage et sortie d'activité. Régimes de pension agréés d'employeur (très présents dans le secteur public), REER et CELI complètent le système. L'âge effectif de sortie du marché du travail était de 65,2 ans pour les hommes et 63,2 ans pour les femmes en 2024 (OCDE).
Une pauvreté des aînés faible mais inégale. Selon l'Enquête canadienne sur le revenu (Statistique Canada, avril 2026), le taux de pauvreté des aînés seuls (mesure du panier de consommation) est passé de 12,5 % en 2023 à 11,1 % en 2024 ; pour l'ensemble des aînés, le dernier taux publié était de 5,5 % en 2023. Les aînés vivant seuls, surtout les femmes, restent les plus exposés.
Canada — Taux d'emploi des seniors (55-64)
2. Perspectives — vers où vont les retraites
Un vieillissement rapide. Près d'un Canadien sur cinq a 65 ans ou plus, et la génération du baby-boom achève son passage à la retraite. Le coût de la PSV et du SRG augmente en conséquence : le gouvernement évalue les prestations aux aînés à environ 88,8 milliards de dollars pour 2026-2027, une estimation budgétaire.
Un régime contributif jugé soutenable. Les rapports actuariels successifs du Bureau de l'actuaire en chef concluent que le taux de cotisation légal du RPC suffit à financer le régime sur 75 ans, grâce aux revenus de placement du fonds — ce sont des projections, sensibles aux hypothèses de rendement et de démographie. Le relèvement de l'âge de la PSV à 67 ans, voté en 2012, a été annulé en 2016 : l'âge reste fixé à 65 ans.
Le budget du 5 novembre 2026. Présenté par le ministre des Finances François-Philippe Champagne, il prévoit environ 142 milliards de dollars de mesures nouvelles sur cinq ans ; les premières analyses n'y relèvent pas de changement des paramètres de la PSV ou du SRG, dont la revalorisation reste automatique. Les demandes contradictoires persistent : l'association de retraités CARP réclame l'extension de la majoration de 10 % aux 65-74 ans, tandis que Generation Squeeze plaide pour une récupération plus forte de la PSV auprès des retraités aisés afin de financer d'autres priorités.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structurent le débat : (1) le ciblage de la PSV, entre universalité et équité entre générations ; (2) la gouvernance du fonds RPC, invité par Ottawa à investir davantage au Canada, alors que son mandat reste la seule maximisation du rendement ; (3) la couverture des salariés du privé sans régime d'employeur.
3. Comparaison internationale — le Canada parmi ses pairs
Le Canada partage avec le Royaume-Uni et les États-Unis une pension publique de base modeste complétée par l'épargne d'entreprise, mais s'en distingue par un régime contributif préfinancé de grande taille.
Trois enseignements. (1) L'une des dépenses publiques les plus basses. Selon l'OCDE (SOCX), les pensions publiques canadiennes (5,9 % du PIB en 2022) sont inférieures à celles des États-Unis (7,3 % en 2023), du Royaume-Uni (7,1 %) et surtout de la France (13,4 %) ; parmi ces pays, seule l'Australie fait nettement moins (3,4 %).
(2) Un privé substantiel. Les 3,5 points de PIB de pensions privées placent le Canada derrière l'Australie (4,5) et les États-Unis (5,7), mais devant le Royaume-Uni (2,9), le Japon (2,7 en 2021) et la France (0,3).
(3) Un écart hommes-femmes marqué à la sortie d'activité. Les Canadiennes quittent le marché du travail deux ans avant les Canadiens (63,2 contre 65,2 ans en 2024, OCDE), un écart plus large qu'aux États-Unis ou en Australie.
Comparaison internationale — retraites
| Pays | Pensions publiques (% PIB) | Pensions privées (% PIB) | Âge de sortie H / F (2024) |
|---|---|---|---|
| France | 13,4 % (2022) | 0,3 % | 61,9 / 62,4 |
| Japon | 9,4 % (2021) | 2,7 % | 66,9 / 67,4 |
| États-Unis | 7,3 % (2023) | 5,7 % (2022) | 67,3 / 66,7 |
| Royaume-Uni | 7,1 % (2022) | 2,9 % | 63,8 / 63,1 |
| Australie | 3,4 % (2022) | 4,5 % | 64,9 / 64,4 |
| Canada | 5,9 % (2022) | 3,5 % | 65,2 / 63,2 |
Sources : OCDE — base SOCX (pensions vieillesse et survivants en espèces, public et privé séparés, dernière année disponible) ; OCDE — Pensions at a Glance (âge effectif moyen de sortie du marché du travail, 2024). Périmètre distinct des données Eurostat ESSPROS.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Pensions publiques (vieillesse + survivants, espèces) | 5,9 % du PIB (2022) | OCDE SOCX (carte Citoyen) |
| Pensions privées | 3,5 % du PIB (2022) | OCDE SOCX (carte Citoyen) |
| Âge effectif de sortie (hommes / femmes) | 65,2 / 63,2 ans (2024) | OCDE (carte Citoyen) |
| Pension RPC maximale à 65 ans | 1 507,65 $/mois (2026) | Gouvernement du Canada |
| Actif net du RPC | 793,3 Md$ (31 mars 2026) | Investissements RPC |
| Pauvreté des aînés seuls (MPC) | 11,1 % (2024) | Statistique Canada (ECR) |
| Pauvreté de l’ensemble des aînés (MPC) | 5,5 % (2023) | Statistique Canada (ECR) |
Sources (analyses nationales et références)
Statistique Canada (Enquête canadienne sur le revenu 2024, avril 2026) · Emploi et Développement social Canada (PSV, SRG, RPC) · Investissements RPC (résultats de l'exercice 2026) · Bureau de l'actuaire en chef (rapports actuariels du RPC) · ministère des Finances (budget 2026, 5 novembre 2026) · Retraite Québec (RRQ) · CARP · Generation Squeeze · OCDE (SOCX, Pensions at a Glance).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Les comparaisons de dépense reposent sur la base SOCX de l'OCDE (prestations en espèces), à ne pas confondre avec les données ESSPROS d'Eurostat. Les conclusions actuarielles et les estimations budgétaires sont des projections, présentées comme telles. Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.