Les pensions absorbent un huitième du PIB européen, les seniors travaillent de plus en plus longtemps et le vieillissement se poursuit ; Bruxelles pousse l'épargne retraite complémentaire tandis que les États ajustent — ou suspendent — leurs réformes.
L'essentiel
- Les pensions représentaient 12,6 % du PIB de l'Union en 2024, de 4,1 % en Irlande à 15,9 % en Italie (Eurostat).
- Le taux d'emploi des 60-64 ans a gagné quatre points en deux ans, à 55,0 % en 2025.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Retraites dans l'Union européenne. Ancrée sur les données du bloc (Eurostat, OCDE, Commission européenne, Conseil de l'UE). ⚠️ Agrégat de 27 États membres aux systèmes de retraite très différents ; les retraites relèvent des États, l'Union ne fait que coordonner et encadrer l'épargne complémentaire. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en sont les retraites dans l'Union
Un huitième du PIB. Selon Eurostat (ESSPROS, toutes pensions, publiques et privées), l'Union a consacré 12,6 % de son PIB aux pensions en 2024 (provisoire), contre 12,3 % en 2023. L'écart entre États est considérable : 4,1 % en Irlande (dont le PIB est gonflé par les multinationales), 5,1 % à Malte, mais 15,0 % en France, 15,4 % en Autriche et 15,9 % en Italie. Ces écarts reflètent la démographie, mais aussi le choix entre pensions publiques généreuses et place laissée aux régimes professionnels.
Des départs plus tardifs. L'âge moyen de sortie du marché du travail atteignait 63,9 ans pour les hommes et 62,7 ans pour les femmes en 2024 (OCDE), de 60,1 ans au Luxembourg à 66,9 ans en Estonie pour les hommes. Le taux d'emploi des 55-64 ans est monté à 66,4 % en 2025 et celui des 60-64 ans à 55,0 %, contre 50,9 % en 2023 (Eurostat) — l'effet des relèvements d'âge légal et de la fin des préretraites.
Un niveau de vie des âgés proche de celui des actifs. Le revenu médian des 65 ans et plus représentait 0,91 fois celui des moins de 65 ans en 2025 (Eurostat, EU-SILC). Le ratio dépasse 1 en Italie et approche 1 en France (0,97), mais tombe à 0,83 en Allemagne.
Trois piliers d'inégale importance. La pension publique par répartition domine presque partout. Les régimes professionnels pèsent lourd dans quelques pays : selon l'OCDE (SOCX, 2021), les prestations privées représentaient 3,1 % du PIB aux Pays-Bas et 2,0 % au Danemark et en Suède, contre 0,2 % en France. L'épargne individuelle reste marginale dans la plupart des États.
Une compétence nationale, une coordination européenne. Les États fixent âges, taux et financement. L'Union surveille la soutenabilité dans le Semestre européen, publie avec les États le rapport sur l'adéquation des pensions et l'Ageing Report, et réglemente les fonds de pension professionnels (directive IORP II) ainsi que le produit paneuropéen d'épargne retraite (PEPP).
Union européenne — Part des 65 ans et plus
2. Perspectives — vers où vont les retraites
Un vieillissement qui se poursuit. Le ratio de dépendance des âgés (65 ans et plus rapportés aux 15-64 ans) atteignait 34,5 % au 1er janvier 2025, contre 33,4 % deux ans plus tôt (Eurostat). La fécondité était de 1,34 enfant par femme en 2024. L'Ageing Report 2024 de la Commission projette une dépense publique de retraite passant de 11,4 % du PIB en 2022 à 12,1 % en 2045, puis 11,8 % en 2070 — des projections, sur un périmètre (pensions publiques) différent de celui d'ESSPROS.
Le paquet « retraites complémentaires ». Présenté le 20 novembre 2025 dans le cadre de l'Union de l'épargne et de l'investissement, il comprend la révision de la directive IORP II, celle du règlement PEPP et une recommandation invitant les États à l'adhésion automatique aux régimes complémentaires (avec droit de retrait), à des outils de suivi des droits et à des tableaux de bord nationaux. Le Conseil a arrêté sa position sur les deux textes le 26 juin 2026 ; les négociations avec le Parlement européen ne pourront commencer qu'une fois sa propre position adoptée.
Un débat ouvert. Le Comité économique et social européen soutient le paquet tout en défendant le rôle central des pensions publiques ; l'association d'épargnants BETTER FINANCE salue l'initiative mais réclame plus de transparence sur les frais et les rendements ; une partie du patronat nordique refuse des règles uniformes pour des systèmes déjà matures.
Des réformes nationales en mouvement. En France, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (promulguée le 30 décembre 2025) a décalé d'une génération la montée en charge de la réforme de 2023. L'Allemagne a voté un « Rentenpaket » garantissant le niveau des pensions et instauré l'« Aktivrente », qui exonère d'impôt jusqu'à 2 000 € par mois de revenus d'activité au-delà de l'âge légal depuis janvier 2026.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) financer des pensions publiques avec moins d'actifs par retraité ; (2) prolonger les carrières sans creuser les inégalités entre métiers ; (3) développer l'épargne complémentaire sans affaiblir le premier pilier.
3. Comparaison internationale — l'Union parmi ses pairs
Face aux autres grandes économies avancées, l'Union combine une population âgée et des départs plutôt précoces. ⚠️ Pour la dépense, les pays hors Union ne publient pas de séries ESSPROS : leurs chiffres OCDE SOCX (prestations publiques en espèces) relèvent d'une autre mesure, indiquée à titre de contexte seulement — 7,3 % du PIB aux États-Unis (2023), 9,2 % au Japon (2022).
Trois enseignements. (1) Âge de sortie : plus précoce. À 63,9 ans pour les hommes, l'Union est au niveau du Royaume-Uni (63,8 ans) mais nettement sous les États-Unis (67,3 ans), le Japon (66,9 ans) et la Corée (67,4 ans).
(2) Démographie : entre les États-Unis et le Japon. Avec 22,4 % de 65 ans et plus en 2025 (Banque mondiale), l'Union est plus âgée que les États-Unis (18,4 %) ou le Royaume-Uni (19,7 %), mais loin du Japon (30,0 %).
(3) Fécondité : basse. À 1,34 enfant par femme en 2024, l'Union se situe sous les États-Unis (1,63) et le Royaume-Uni (1,55), mais au-dessus du Japon (1,15) et de la Corée (0,75).
Comparaison internationale — retraites
| Pays | Âge de sortie H / F (2024) | 65 ans et plus (2025) | Fécondité (2024) |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 67,3 / 66,7 | 18,4 % | 1,63 |
| Japon | 66,9 / 67,4 | 30,0 % | 1,15 |
| Corée du Sud | 67,4 / 69,6 | 20,3 % | 0,75 |
| Royaume-Uni | 63,8 / 63,1 | 19,7 % | 1,55 |
| Union européenne | 63,9 / 62,7 | 22,4 % | 1,34 |
Sources : âge moyen de sortie du marché du travail = OCDE, Pensions at a Glance (2024) ; 65 ans et plus et fécondité = Banque mondiale (WDI). La dépense de retraite n'est pas reprise dans ce tableau : Eurostat ESSPROS (Union) et OCDE SOCX (autres pays) ne sont pas comparables.
Données mobilisées (socle data journalism)
Afficher le tableau
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépense de retraite (ESSPROS) | 12,6 % du PIB (2024, provisoire) | Eurostat — spr_exp_pens (carte Citoyen) |
| Âge moyen de sortie du travail | Hommes 63,9 ans · femmes 62,7 ans (2024) | OCDE — Pensions at a Glance (carte Citoyen) |
| Taux d'emploi des 60-64 ans | 55,0 % (2025) | Eurostat — lfsa_ergan (carte Citoyen) |
| Taux d'emploi des 55-64 ans | 66,4 % (2025) | Eurostat — lfsi_emp_a |
| Revenu médian relatif des 65 ans et plus | 0,91 (2025) | Eurostat — ilc_pnp2 (carte Citoyen) |
| Ratio de dépendance des âgés | 34,5 % (2025) | Eurostat — demo_pjanind |
| Dépense publique de retraite projetée | 12,1 % du PIB en 2045 (projection) | Commission européenne — Ageing Report 2024 |
Sources (analyses nationales et références)
Eurostat (ESSPROS — spr_exp_pens ; EU-SILC — ilc_pnp2 ; enquête forces de travail — lfsa_ergan, lfsi_emp_a ; demo_pjanind) · OCDE (SOCX ; Pensions at a Glance) · Banque mondiale (WDI) · Commission européenne (Ageing Report 2024 ; paquet « retraites complémentaires » du 20 novembre 2025 : révision IORP II et PEPP, recommandation sur l'adhésion automatique) · Conseil de l'UE (positions du 26 juin 2026) · CESE · BETTER FINANCE · Légifrance (LFSS 2026).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. ⚠️ L'agrégat masque de fortes disparités entre États membres. La dépense Eurostat ESSPROS, la dépense OCDE SOCX et les projections de l'Ageing Report ont des périmètres différents et ne sont jamais comparées comme une même mesure. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible ; les projections sont présentées comme telles. Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.