La France consacre environ 15 % de son PIB aux pensions, l'un des niveaux les plus élevés d'Europe, et ses retraités vivent presque aussi bien que les actifs ; mais le COR projette un déficit durable, la réforme de 2023 est suspendue jusqu'en 2028 et le budget 2027 propose de freiner la revalorisation des pensions.
L'essentiel
- Il y avait 2,62 personnes de 20 à 64 ans pour une de 65 ans et plus en 2023 ; le COR en projette 1,62 en 2070.
- Les hommes quittent l'emploi à 61,9 ans en France, plus de deux ans avant les Allemands (64,2 ans).
Synthèse Citoyen pour la catégorie Retraites. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (Conseil d'orientation des retraites, Drees, Insee, Eurostat, OCDE) et les analyses nationales de référence (Comité de suivi des retraites). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision ; les projections du COR sont présentées comme telles. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en sont les retraites françaises
Une dépense parmi les plus élevées d'Europe. Selon la définition harmonisée d'Eurostat (ESSPROS : vieillesse, survie, invalidité et préretraite, régimes publics et privés), la France consacre 15,0 % de son PIB aux pensions en 2024, au troisième rang de l'UE derrière l'Italie (15,9 %) et l'Autriche (15,4 %), contre 12,6 % pour l'UE (provisoire). Le COR, qui ne retient que les régimes de retraite légalement obligatoires, mesure 13,9 % du PIB en 2024 et estime la dépense à 422 milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB, en 2025. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose et ne doivent pas être comparés comme une seule série.
Un système presque entièrement public. Selon la base SOCX de l'OCDE, les pensions publiques en espèces représentent 13,4 % du PIB en 2022, contre 0,25 % pour les régimes privés obligatoires et volontaires. Le système repose sur la répartition (régime de base et complémentaires obligatoires comme l'Agirc-Arrco) ; la capitalisation reste marginale.
Un départ encore précoce. L'âge conjoncturel de départ à la retraite mesuré par le COR atteint 62,95 ans en 2024 (63,1 ans estimés pour 2025), contre 60,5 ans en 2010. L'âge effectif de sortie du marché du travail calculé par l'OCDE reste de 61,9 ans pour les hommes et 62,4 ans pour les femmes en 2024, pour un âge normal de retraite de 64,3 ans pour une carrière commencée à 22 ans. Le taux d'emploi des 55-64 ans atteint 61,7 % en 2025 (Eurostat), mais celui des 60-64 ans n'est que de 44,4 %, contre 55,0 % dans l'UE.
Des retraités au niveau de vie des actifs. Le niveau de vie moyen des retraités représente 100,2 % de celui de l'ensemble de la population en 2023 (COR, dernier point observé). Selon Eurostat, le revenu médian des 65 ans et plus atteint 97 % de celui des moins de 65 ans en 2025, contre 91 % dans l'UE.
Un solde légèrement négatif. Selon le COR, le système de retraite était à l'équilibre en 2023 et présentait un déficit de 0,06 % du PIB en 2024 ; il est estimé à 0,17 % du PIB en 2025. Dans son avis du 9 juillet 2026, le Comité de suivi des retraites évoque un déficit projeté de 6,8 milliards d'euros en 2030.
2. Perspectives — vers où vont les retraites
Une démographie qui se dégrade plus vite que prévu. Il y avait 2,62 personnes de 20 à 64 ans pour une de 65 ans et plus en 2023 ; ce rapport est estimé à 2,53 en 2025 et le COR le projette à 1,62 en 2070. Le rapport du 11 juin 2026 retient désormais une fécondité de 1,45 enfant par femme à partir de 2028 (contre 1,8) et un solde migratoire de +150 000 par an.
Des projections plus sombres. Dans le scénario de référence du COR (projection, non réalisé), la dépense passerait de 13,9 % du PIB en 2024 à 15,3 % en 2070, le déficit atteindrait 2,4 % du PIB en 2070 (contre 1,4 % dans le rapport précédent) et le niveau de vie relatif des retraités reculerait à 90,3 % de celui de l'ensemble de la population. Ces trajectoires dépendent d'hypothèses discutées de productivité (+0,7 % par an) et de chômage (7 %).
La réforme de 2023 suspendue jusqu'en 2028. La loi du 14 avril 2023 relevait progressivement l'âge légal de 62 à 64 ans. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (article 105) l'a suspendue : l'âge légal est figé à 62 ans et 9 mois et la durée d'assurance à 170 trimestres jusqu'au 1er janvier 2028, pour les pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026. C'est une pause, non une abrogation : le sujet est renvoyé à la présidentielle de 2027.
Budget 2027 : les pensions mises à contribution. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (article 35, octobre 2026) déroge à la revalorisation des pensions de base au 1er janvier 2027 : la formule habituelle donnerait environ 1,7 % ; les petites pensions la conserveraient, la hausse serait réduite puis gelée au-delà de seuils (vers 1 281 et 2 034 euros mensuels selon la presse ; les montants rapportés divergent). Les complémentaires ne sont pas concernées. Le texte a été rejeté en commission à l'Assemblée et son issue reste incertaine.
Les questions ouvertes. Trois leviers structurent le débat : (1) l'âge — reprendre ou non la montée vers 64 ans en 2028 ; (2) le niveau des pensions — indexation, équité entre générations ; (3) les recettes — cotisations, emploi des seniors. Citoyen présente ces options sans trancher.
3. Comparaison internationale — la France parmi ses pairs
Replacée parmi ses voisins, la France combine une dépense élevée, une sortie précoce de l'emploi et des retraités relativement bien lotis.
Trois enseignements. (1) Dépense : dans le haut du classement. À 15,0 % du PIB en 2024 (Eurostat), la France dépense moins que l'Italie (15,9 %) mais nettement plus que l'Espagne (13,2 %), l'Allemagne (11,7 %, provisoire) et la moyenne de l'UE (12,6 %). (2) Âge de sortie : le plus bas du groupe. Les hommes quittent l'emploi à 61,9 ans en France, contre 64,2 ans en Allemagne, 64,0 ans en Italie et 63,9 ans dans l'UE (OCDE, 2024). (3) Niveau de vie : parmi les plus favorables. Le ratio de revenu médian des 65 ans et plus (0,97 en 2025) dépasse celui de l'Allemagne (0,83) et de l'UE (0,91), derrière l'Italie (1,00) et l'Espagne (1,06).
Le principal écart avec les pays du Nord tient à l'emploi des 60-64 ans : 44,4 % en France contre 67,6 % en Allemagne en 2025. C'est sur cette tranche d'âge que se joue l'essentiel de l'effet des réformes d'âge.
Comparaison internationale — retraites
| Pays | Dépense de pensions (% PIB, 2024) | Âge effectif de sortie H / F (2024) | Emploi des 60-64 ans (2025) | Revenu médian 65+ / < 65 ans (2025) |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | 11,7 % (prov.) | 64,2 / 63,9 ans | 67,6 % | 0,83 |
| Italie | 15,9 % | 64,0 / 62,6 ans | 50,4 % | 1,00 |
| Espagne | 13,2 % | 62,4 / 63,0 ans | 53,0 % | 1,06 |
| Union européenne | 12,6 % (prov.) | 63,9 / 62,7 ans | 55,0 % | 0,91 |
| France | 15,0 % | 61,9 / 62,4 ans | 44,4 % | 0,97 |
Sources : Eurostat (spr_exp_pens, périmètre ESSPROS ; lfsa_ergan ; ilc_pnp2), OCDE (Pensions at a Glance, âge effectif moyen de sortie du marché du travail) — dernières valeurs réalisées disponibles. Le Royaume-Uni n'est plus couvert par Eurostat depuis 2018 et n'apparaît donc pas dans ce tableau.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépense de pensions (ESSPROS) | 15,0 % du PIB (2024) | Eurostat spr_exp_pens (carte Citoyen) |
| Dépense des régimes obligatoires | 13,9 % du PIB (2024) · 14,1 % estimé (2025) | COR, juin 2026 (carte Citoyen) |
| Solde du système de retraite | −0,06 % du PIB (2024) · −0,17 % estimé (2025) | COR, juin 2026 (carte Citoyen) |
| Âge conjoncturel de départ | 62,95 ans (2024) | COR (carte Citoyen) |
| Âge effectif de sortie (H / F) | 61,9 / 62,4 ans (2024) | OCDE Pensions at a Glance (carte Citoyen) |
| Taux d'emploi 55-64 / 60-64 ans | 61,7 % / 44,4 % (2025) | Eurostat (carte Citoyen) |
| Niveau de vie des retraités / ensemble | 100,2 % (2023) | COR (carte Citoyen) |
| 20-64 ans pour un 65 ans et plus | 2,62 (2023) · 1,62 projeté (2070) | Insee via COR (carte Citoyen) |
Sources (analyses nationales et références)
Conseil d'orientation des retraites (rapport annuel du 11 juin 2026, scénario de référence) · Comité de suivi des retraites (avis du 9 juillet 2026) · Drees (Les retraités et les retraites) · Insee (projections de population) · loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 · loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (article 105) · projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 · Assurance retraite (Cnav) · Agirc-Arrco · Eurostat (ESSPROS, enquête Forces de travail, EU-SILC) · OCDE (Pensions at a Glance, SOCX).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre (présente les débats plutôt que de trancher), date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible ; les projections du COR (scénario de référence) sont signalées comme telles et ne sont jamais présentées comme réalisées. Les mesures Eurostat (ESSPROS), OCDE (SOCX) et COR (régimes obligatoires) ont des périmètres différents et ne sont jamais additionnées ni comparées comme une seule série. Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.