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Indonésie·Immigration & intégration

Un grand pays d'émigration de travail — plus de 5 millions de migrants enregistrés, 17,2 milliards de dollars de remises en 2025 — que le gouvernement veut encore développer, alors que des milliers d'Indonésiens piégés dans les centres d'escroquerie en ligne du Cambodge demandent leur rapatriement.

Citoyen·Données arrêtées au 7 nov. 2026·4 min de lecture

L'essentiel

Solde migratoire-38,5 k2024
  • Les travailleurs migrants indonésiens ont envoyé environ 17,2 milliards de dollars en 2025, 14 % de plus qu'en 2024 selon Bank Indonesia.
  • De janvier à juin 2026, près de 12 000 Indonésiens ont demandé à être rapatriés du Cambodge, deux fois plus que sur toute l'année 2025.

Synthèse Citoyen pour la catégorie Migrations en Indonésie. ⚠️ Spécificité majeure : l'Indonésie est avant tout un pays d'émigration de travail et de migration interne ; l'immigration internationale y est marginale. Ancrée sur les données disponibles (BPS, ministère de la Protection des travailleurs migrants KP2MI, Bank Indonesia, ONU DESA, Banque mondiale). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible. Dernière actualisation des données : novembre 2026.

1. État des lieux — où en sont les migrations

Un grand pays d'émigration de travail. Plus de 5,2 millions d'Indonésiens travaillent officiellement à l'étranger (Malaisie, Taïwan, Hong Kong, pays du Golfe, Corée du Sud, Japon), auxquels s'ajoutent des migrants non enregistrés, estimés par la Banque mondiale à environ 4,3 millions en 2017. En 2025, 296 948 personnes ont été placées à l'étranger par les circuits officiels, dont 63 % de femmes, souvent comme employées domestiques, soignantes ou ouvrières.

Des remises en hausse. Selon Bank Indonesia, les travailleurs migrants ont envoyé environ 17,2 milliards de dollars en 2025 (288 100 milliards de roupies), +14 % par rapport à 2024. Cela représente environ 1,2 % du PIB (Banque mondiale), bien moins qu'au Mexique ou en Inde en proportion, mais un revenu décisif pour les provinces d'origine (Java oriental et central, Petites Îles de la Sonde).

Une protection devenue ministère. L'agence BP2MI a été transformée fin 2024 en ministère de la Protection des travailleurs migrants (KP2MI). Les abus (salaires impayés, confiscation de passeports, violences contre les domestiques) et les départs par des filières irrégulières restent les principaux sujets de friction diplomatique.

La crise des centres d'escroquerie. Après la vague de descentes menée par le Cambodge contre les complexes d'escroquerie en ligne à partir de janvier 2026, 11 986 Indonésiens ont demandé leur rapatriement entre janvier et juin, deux fois plus que sur toute l'année 2025 (ambassade, citée par le Jakarta Post). Beaucoup, recrutés par de fausses offres d'emploi, sont des victimes de traite, mais une partie de l'opinion les accuse de complicité ; les rapatriements depuis le Myanmar se poursuivent aussi.

Une migration interne façonnante. L'exode rural vers les villes de Java et la « transmigration » (déplacements organisés de Java vers les îles moins peuplées) ont façonné le peuplement. Le gouvernement Prabowo a recréé un ministère de la Transmigration fin 2024, ce qui ravive les critiques en Papouasie, où les populations autochtones dénoncent une marginalisation.

Une immigration internationale marginale. Les personnes nées à l'étranger ne représentent qu'environ 0,2 % de la population (2024, ONU DESA), et le solde migratoire est légèrement négatif (environ −40 000 en 2025, estimation ONU). Non signataire de la convention de Genève de 1951, l'Indonésie accueille des réfugiés de passage, dont des Rohingyas arrivés par mer à Aceh, une présence qui suscite des tensions locales.

Immigration & intégration

Indonésie — Solde migratoire

Différence entre entrées et sorties de population sur le territoire ; positive plus d'arrivées que de départs.
-38,5 k​
2024
Source : World Bank· Données 2024
Màj 10/2026
ExplorerSource
Indicateur Citoyen — données réelles · ID · 2026-11-07

2. Perspectives — vers où vont les migrations

Envoyer plus de travailleurs, mieux qualifiés. Le gouvernement a fixé un objectif de 425 000 placements en 2026 et vise davantage d'emplois qualifiés (soins, industrie, hôtellerie), notamment vers le Japon, la Corée du Sud et l'Europe, avec des crédits bonifiés pour financer les départs. Pour ses défenseurs, c'est une réponse au chômage des jeunes ; pour ses critiques, un risque d'exposer davantage de travailleurs à des intermédiaires abusifs.

Protéger les travailleurs migrants. Améliorer la protection et les droits des travailleurs migrants, notamment des domestiques dans le Golfe et en Malaisie, et démanteler les filières de traite vers les centres d'escroquerie sont des enjeux humanitaires et diplomatiques centraux.

Valoriser les remises. Articuler les remises avec l'épargne, l'investissement local et la formation reste un enjeu : les études citées par la presse indonésienne soulignent un effet encore limité sur le bien-être des familles.

Migration interne et aménagement. La gestion de la migration interne (urbanisation, équilibre entre îles, transmigration, nouvelle capitale Nusantara, cf. catégories Logement et Transport) est un enjeu d'aménagement et de cohésion.

Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) protéger les travailleurs migrants ; (2) concilier l'objectif quantitatif de placements et la qualité des emplois ; (3) gérer la migration interne sans attiser les tensions régionales.

3. Comparaison internationale — l'Indonésie parmi ses pairs

Replacée dans son environnement, l'Indonésie est un pays d'émigration de travail et de migration interne — un profil distinct des pays d'immigration.

Trois enseignements. (1) Émigration de travail. Comme l'Inde (150,7 milliards de dollars de remises en 2025) et le Mexique (65,1 milliards), l'Indonésie (17,6 milliards selon la Banque mondiale) envoie des travailleurs à l'étranger, avec une émigration plus féminine et plus tournée vers l'Asie.

(2) Immigration marginale. Avec 0,2 % de personnes nées à l'étranger, l'Indonésie est proche de l'Inde (0,3 %), sous le Brésil (0,7 %) et le Mexique (1,3 %), à l'opposé de l'Allemagne (19,8 %).

(3) Une migration interne façonnante. La transmigration, politique d'État de peuplement relancée en 2024, est une spécificité indonésienne : l'Inde et le Brésil connaissent surtout un exode rural spontané vers les métropoles, sans programme public de déplacement d'une telle ampleur. Le projet de nouvelle capitale à Bornéo prolonge cette logique de rééquilibrage, mais à un rythme ralenti.

Comparaison internationale — migrations

PaysType dominantRemises reçues (2025)Nés à l'étranger (2024)
Allemagneimmigration23,9 Md$ (0,5 % du PIB)19,8 %
Mexiqueémigration / transit65,1 Md$ (3,6 % du PIB)1,3 %
Brésilinterne / accueil régional4,8 Md$ (0,2 % du PIB)0,7 %
Indeémigration / interne150,7 Md$ (3,8 % du PIB)0,3 %
Indonésieémigration de travail / interne17,6 Md$ (1,2 % du PIB)0,2 %

Sources : Banque mondiale (remises de travailleurs, 2025 ; part de la population née à l'étranger, ONU DESA, 2024), KP2MI, OIM. Bank Indonesia publie pour 2025 un montant légèrement différent (17,2 Md$). « ≈ » signale un arrondi.

Données mobilisées (socle data journalism)

Afficher le tableau
DonnéeValeurSource
Travailleurs migrants enregistrés à l'étranger> 5,2 millionsKP2MI
Placements officiels (2025)296 948 (63 % de femmes)KP2MI
Remises reçues (2025)≈ 17,2 Md$ (+14 %), ≈ 1,2 % du PIBBank Indonesia / Banque mondiale
Demandes de rapatriement du Cambodge (janv.-juin 2026)11 986Ambassade à Phnom Penh (presse)
Population née à l'étranger (2024)≈ 0,2 %ONU DESA (carte Citoyen)
Solde migratoire (2025)≈ − 40 000ONU (via Banque mondiale)

Sources (analyses nationales et références)

BPS · KP2MI (ministère de la Protection des travailleurs migrants, ex-BP2MI) · Bank Indonesia (remises) · Banque mondiale · OIM · ONU DESA · ministère des Affaires étrangères · presse (Jakarta Post, Kontan, Kompas).

Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. ⚠️ La catégorie « migrations » est ici recentrée sur l'émigration de travail et la migration interne, l'immigration internationale étant marginale. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.