Un « dividende démographique » potentiel — des millions de jeunes chaque année — mais une informalité quasi générale, une participation féminine parmi les plus faibles du monde et un déficit d'emplois formels, que les nouveaux codes du travail entrés en vigueur fin 2025 entendent commencer à réduire.
L'essentiel
- Près de 90 % des emplois indiens sont informels — la formalisation est le défi central, plus que le chômage déclaré.
- Un jeune Indien sur quatre (15-29 ans) n'est ni en emploi, ni en études, ni en formation, et le chômage des jeunes urbains atteint 13,6 %.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Marché du travail en Inde. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (NSO — PLFS, CMIE, OIT, Banque mondiale). ⚠️ Avertissement : l'informalité est massive (≈ 90 % de l'emploi) et la participation féminine très faible — les indicateurs de chômage sont peu comparables à ceux des pays développés, et le PLFS publie deux mesures différentes (annuelle en « statut habituel », mensuelle en « statut hebdomadaire courant »). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est le marché du travail indien
Un chômage déclaré bas, qui dit peu. Selon le rapport annuel du PLFS (NSO, mars 2026), le taux de chômage des 15 ans et plus, en « statut habituel », était de 3,1 % en 2025, pour les hommes comme pour les femmes. La mesure mensuelle, plus sensible (« statut hebdomadaire courant »), donne 5,0 % en septembre 2026, stable sur un mois et en baisse de 0,2 point sur un an. Ces chiffres modérés masquent un sous-emploi massif et un travail informel généralisé : environ 90 % des emplois sont informels (sans contrat, protection ni cotisations, selon les estimations usuelles NSO/OIT).
Une lente formalisation. La part des travailleurs en emploi salarié régulier est passée de 22,4 % en 2024 à 23,6 % en 2025, tandis que celle des indépendants reculait de 58,2 % en 2023 à 56,2 % en 2025 (PLFS). Environ 61,6 crores (616 millions) de personnes de 15 ans et plus étaient en emploi en 2025. Une part importante de l'emploi reste dans l'agriculture (≈ 42 % en 2025 selon les estimations modélisées de l'OIT), souvent à faible productivité.
Une jeunesse sous-utilisée. Le chômage des 15-29 ans a reculé à 9,9 % en 2025 (contre 10,3 % en 2024), mais atteint 13,6 % chez les jeunes urbains. Surtout, 25 % des 15-29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET), et seuls 5,0 % des 15-29 ans ont reçu une formation professionnelle formelle. Le « dividende démographique » reste ainsi à concrétiser.
Une participation féminine très faible, mais en hausse. Le taux d'activité des femmes atteint 40,0 % en 2025 en statut habituel (79,1 % pour les hommes) et 34,6 % en septembre 2026 en mesure mensuelle (+0,5 point sur un an ; 25,9 % en ville, plus haut depuis octobre 2025). Il reste l'un des plus bas du monde : 44,4 % des femmes inactives citent la garde d'enfants et les tâches domestiques comme raison principale.
Des codes du travail désormais en vigueur. Les quatre codes du travail, qui remplacent 29 lois fédérales, sont entrés en vigueur le 21 novembre 2025 ; les règles centrales ont été publiées le 8 mai 2026 et quelques États finalisaient encore les leurs à l'été 2026. Ils généralisent le salaire minimum, relèvent à 300 salariés le seuil d'autorisation préalable des licenciements et créent un premier cadre de protection sociale pour les travailleurs des plateformes. Syndicats et économistes restent divisés : flexibilité utile pour l'industrie pour les uns, affaiblissement des protections pour les autres ; des livreurs du « quick commerce » ont protesté contre leurs conditions de rémunération et de sécurité.
Inde — Taux de chômage (BIT)
Inde — Taux d'activité
Inde — Taux d'emploi (15-64)
Inde — Chômage des jeunes (15-24)
2. Perspectives — vers où va le marché du travail
Créer des emplois formels. Avec une croissance de 7,7 % en 2025-26 (cf. catégorie Économie), le défi central reste de créer des emplois formels à grande échelle dans l'industrie et les services, pour absorber les millions de jeunes qui arrivent chaque année.
Des risques à court terme. Une mousson déficitaire en 2026 (87 % de la normale selon l'IMD) pèse sur les revenus et l'emploi agricoles, et les droits de douane américains touchent des secteurs intensifs en main-d'œuvre (textile, joaillerie, cuir).
Augmenter la participation des femmes. Relever la participation féminine — par l'offre de garde d'enfants, la sécurité et les transports, et des emplois adaptés — est un levier majeur de croissance et d'égalité (cf. catégorie Cohésion sociale).
Mettre en œuvre les codes et protéger. L'application des codes par les États, le taux de contribution des plateformes à leur fonds social (1 à 2 % du chiffre d'affaires selon la loi, à notifier) et l'extension de la protection aux travailleurs informels seront suivis de près, de même que la formation professionnelle (« Skill India », cf. catégorie Éducation).
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) créer des emplois formels pour la jeunesse ; (2) relever la participation des femmes ; (3) appliquer les codes du travail et étendre la protection sociale.
3. Comparaison internationale — l'Inde parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Inde a un marché du travail massivement informel et une participation féminine exceptionnellement basse — des traits qui limitent son potentiel.
Trois enseignements. (1) Informalité : parmi les plus élevées. À ≈ 90 %, l'informalité indienne dépasse celle du Brésil (≈ 40 %) et de l'Indonésie (≈ 60 %) — un trait structurel.
(2) Participation féminine : la plus faible des grands pays. Selon les estimations harmonisées de l'OIT (Banque mondiale, 2025), le taux d'activité des femmes est de ≈ 32 % en Inde, contre 53-54 % au Brésil et en Indonésie, 56 % aux États-Unis et 59 % en Chine.
(3) Comparaisons à nuancer. Le chômage déclaré est peu comparable : il faut tenir compte de l'informalité, du sous-emploi, de la faible participation et des différences de mesure, y compris entre les séries annuelle et mensuelle du PLFS.
États-Unis — Taux d'activité
Chine — Taux d'activité
Brésil — Taux d'activité
Indonésie — Taux d'activité
Inde — Taux d'activité
Comparaison internationale — marché du travail
| Pays | Emploi informel | Participation des femmes (2025) | Spécificité |
|---|---|---|---|
| États-Unis | faible | ≈ 56 % | formel |
| Chine | intermédiaire | ≈ 59 % | hukou |
| Brésil | ≈ 40 % | ≈ 53 % | informalité |
| Indonésie | ≈ 60 % | ≈ 54 % | informalité |
| Inde | ≈ 90 % | ≈ 32 % | dividende démographique |
Sources : NSO (PLFS), OIT / ILOSTAT, Banque mondiale — dernières valeurs réalisées disponibles. Participation des femmes : estimations modélisées de l'OIT (15 ans et plus), différentes des mesures nationales (PLFS : 40,0 % en 2025). Le chômage déclaré est peu comparable aux pays développés (informalité, sous-emploi). « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Taux de chômage (15+, statut habituel) | 3,1 % (2025) | NSO — PLFS annuel (carte Citoyen) |
| Taux de chômage (15+, mensuel) | 5,0 % (septembre 2026) | NSO — PLFS mensuel |
| Chômage des 15-29 ans | 9,9 % (2025) ; 13,6 % en ville | NSO — PLFS (carte Citoyen) |
| Taux d'activité des femmes | 40,0 % (2025) ; 34,6 % (sept. 2026, mensuel) | NSO — PLFS (carte Citoyen) |
| Emploi salarié régulier | 23,6 % des travailleurs (2025) | NSO — PLFS |
| Emploi informel | ≈ 90 % | NSO / OIT |
Sources (analyses nationales et références)
NSO (Periodic Labour Force Survey : rapport annuel 2025, mars 2026 ; bulletin mensuel de septembre 2026) · ministère du Travail et de l'Emploi (codes du travail) · IMD (mousson 2026) · CMIE (Centre for Monitoring Indian Economy) · OIT / ILOSTAT · Banque mondiale.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. ⚠️ Le chômage déclaré est peu comparable du fait de l'informalité massive et du sous-emploi ; la participation féminine est très faible ; les mesures annuelle (statut habituel) et mensuelle (statut hebdomadaire courant) du PLFS ne se comparent pas directement. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.