Une criminalité enregistrée en baisse en 2024 et une violence létale modérée pour un grand émergent, mais une cybercriminalité record, des violences de genre largement sous-déclarées et un Manipur toujours instable.
L'essentiel
- La criminalité enregistrée recule de 6 % en 2024, mais le NCRB lui-même appelle à la prudence : le changement de code pénal pèse sur les chiffres.
- La cybercriminalité franchit pour la première fois les 100 000 affaires enregistrées (+17,9 % en 2024).
Synthèse Citoyen pour la catégorie Sécurité en Inde. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (NCRB — Crime in India 2024, UNODC, I4C). ⚠️ Avertissement : la sous-déclaration de certains crimes (notamment les violences de genre) est probable, et le passage au nouveau code pénal en juillet 2024 rend la comparaison avec les années antérieures fragile ; les données enregistrées sont à interpréter avec prudence. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la sécurité
Une criminalité enregistrée en recul en 2024. Le rapport « Crime in India 2024 » du NCRB, publié en mai 2026, recense 58,85 lakh (5,885 millions) d'infractions en 2024, contre 62,41 lakh en 2023, soit environ −6 % ; le taux passe de 448,3 à 418,9 pour 100 000 habitants. Le NCRB invite toutefois à la prudence : le Bharatiya Nyaya Sanhita (BNS) a remplacé le code pénal de 1860 (IPC) au 1er juillet 2024, si bien que l'année mélange deux nomenclatures et qu'une partie de la baisse peut tenir au changement de cadre plutôt qu'à une baisse réelle.
Une violence létale modérée et en légère baisse. Le NCRB enregistre 27 049 meurtres en 2024, contre 27 721 en 2023 et 28 522 en 2022 — soit environ 1,9 pour 100 000 habitants (calcul Citoyen sur la population Banque mondiale). L'estimation de l'UNODC, construite sur un périmètre et une méthode différents, est plus élevée : 2,8 pour 100 000 (2022). Dans les deux cas, le niveau est modéré pour un grand pays émergent — très inférieur au Brésil (19,3 en 2023), mais au-dessus de la Chine ou de l'Indonésie.
Des violences de genre préoccupantes et sous-déclarées. Les crimes contre les femmes enregistrés reculent légèrement, de 4,48 à 4,41 lakh d'affaires en 2024 (−1,5 %), soit un taux de 64,6 pour 100 000 femmes. La « cruauté du mari ou de la belle-famille » en reste la première catégorie. Le NCRB recense 29 536 viols en 2024, avec un taux de condamnation de 24,4 % des procès achevés et près de 1,86 lakh affaires de viol pendantes devant les tribunaux fin 2024. Ces chiffres ne reflètent qu'une partie de la réalité : la plainte reste difficile et l'enregistrement varie selon les États.
Une cybercriminalité record. C'est la catégorie qui progresse le plus : 101 928 affaires de cybercriminalité enregistrées en 2024 (+17,9 %), la première fois que le seuil des 100 000 est franchi ; le taux passe de 6,2 à 7,3 pour 100 000. Les plaintes en ligne donnent un ordre de grandeur bien supérieur : selon les données de l'I4C (ministère de l'Intérieur), le portail national a reçu environ 21,8 lakh plaintes pour fraude financière en 2025, pour des pertes déclarées d'environ 19 800 crores de roupies, dominées par les fausses offres d'investissement ; les escroqueries dites d'« arrestation numérique » y occupent une place plus réduite mais très médiatisée. Une part importante des réseaux opère depuis l'Asie du Sud-Est (Cambodge, Myanmar, Laos).
Des foyers de violence politique et communautaire. Au Manipur, le conflit ouvert en 2023 entre Meitei et Kuki (plus de 250 morts) s'est rouvert en 2026 sur un autre front, entre Naga et Kuki-Zo : Human Rights Watch dénombrait 34 morts entre février et fin août 2026, et de nouvelles flambées ont fait plusieurs victimes en octobre et début novembre, avec couvre-feux et coupures d'internet. À l'inverse, le gouvernement fédéral a déclaré fin mars 2026 l'Inde « quasiment libérée » de l'insurrection maoïste (naxalite), au terme de l'échéance du 31 mars fixée par le ministre de l'Intérieur Amit Shah — une affirmation officielle, non encore confirmée par des évaluations indépendantes.
Inde — Homicides
2. Perspectives — vers où va la sécurité
Lire les chiffres du nouveau code pénal. 2025 sera la première année entièrement sous BNS : le prochain rapport du NCRB permettra de dire si la baisse de 2024 était réelle ou statistique. D'ici là, toute tendance tirée de la comparaison 2023-2024 reste fragile.
Violences de genre. L'amélioration du signalement, de l'enquête et de la réponse judiciaire reste l'enjeu majeur : un taux de condamnation de moins d'un quart des procès achevés et un stock d'affaires pendantes élevé nourrissent la défiance des victimes et la sous-déclaration.
Cybercriminalité et escroqueries. La riposte passe par le blocage des comptes « mules », la coopération avec les pays d'Asie du Sud-Est où opèrent les centres d'escroquerie et la sensibilisation du public. L'écart entre plaintes en ligne et affaires enregistrées montre que l'essentiel de la fraude n'aboutit pas à une procédure pénale.
Conflits internes. Le Manipur reste le principal test pour l'appareil sécuritaire et la cohésion (cf. catégorie Cohésion sociale) ; dans les anciennes zones maoïstes, la question devient celle de la consolidation — présence de l'État, services publics, réinsertion des milliers de combattants qui se sont rendus.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) mesurer la criminalité de façon fiable sous le nouveau code ; (2) réduire l'impunité des violences de genre ; (3) contenir la cyberfraude et les conflits communautaires.
3. Comparaison internationale — l'Inde parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Inde a une violence létale modérée pour un grand émergent, mais des enjeux spécifiques (genre, communautés, fraude numérique de masse) et des données à manier avec prudence.
Trois enseignements. (1) Homicides : modérés. Selon l'UNODC, le taux indien (2,8 pour 100 000 en 2022) est très inférieur à celui du Brésil (19,3 en 2023) et des États-Unis (5,8 en 2023), mais supérieur à ceux de la Chine (0,5 en 2020) et de l'Indonésie (0,3 en 2022).
(2) Des violences spécifiques. Les violences de genre, communautaires et ethniques sont des dimensions marquées de la sécurité en Inde.
(3) Sous-déclaration probable. Hors homicides, la comparaison est limitée par la sous-déclaration, des pratiques d'enregistrement variables et, désormais, la rupture du code pénal.
Chine — Taux d'homicides
États-Unis — Taux d'homicides
Indonésie — Homicides
Brésil — Homicides
Inde — Homicides
Comparaison internationale — homicides
| Pays | Homicides / 100 000 (UNODC) | Enjeu spécifique | Données |
|---|---|---|---|
| Indonésie | 0,3 (2022) | — | partielles |
| Chine | 0,5 (2020) ⚠️ | surveillance | opaques |
| États-Unis | 5,8 (2023) | armes à feu | fiables |
| Brésil | 19,3 (2023) | crime organisé | fiables |
| Inde | 2,8 (2022) | genre, communautés, cyberfraude | sous-déclaration ⚠️ |
Sources : UNODC via Banque mondiale (homicides intentionnels, dernière année disponible par pays), NCRB. Les meurtres enregistrés par le NCRB (≈ 1,9 / 100 000 en 2024) donnent un taux inférieur à l'estimation UNODC (périmètres différents). Seuls les homicides sont raisonnablement comparables ; les autres colonnes sont qualitatives.
Données mobilisées (socle data journalism)
Afficher le tableau
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Infractions enregistrées (2024) | 58,85 lakh · 418,9 / 100 000 (−6 %) ⚠️ rupture BNS | NCRB, Crime in India 2024 |
| Meurtres (2024) | 27 049 · ≈ 1,9 / 100 000 | NCRB (taux : calcul Citoyen) |
| Taux d'homicides (2022) | 2,8 / 100 000 | UNODC (carte Citoyen) |
| Crimes contre les femmes (2024) | 4,41 lakh · 64,6 / 100 000 femmes (sous-déclarés) ⚠️ | NCRB |
| Cybercriminalité (2024) | 101 928 affaires (+17,9 %) | NCRB |
| Plaintes pour fraude financière en ligne (2025) | ≈ 21,8 lakh · ≈ 19 800 crores ₹ de pertes | I4C / NCRP |
Sources (analyses nationales et références)
National Crime Records Bureau (NCRB — Crime in India 2024, mai 2026) · Indian Cyber Crime Coordination Centre (I4C) et National Cyber Crime Reporting Portal (fraude financière 2025) · UNODC (homicides intentionnels, via Banque mondiale) · Human Rights Watch (Manipur, septembre 2026) · ministère de l'Intérieur (Left Wing Extremism, mars 2026). Données à interpréter avec prudence (sous-déclaration, pratiques d'enregistrement variables, rupture IPC/BNS).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. ⚠️ Sous-déclaration probable (violences de genre), pratiques d'enregistrement variables et rupture de série en 2024 (IPC → BNS) ; comparaisons hors homicides limitées. Les déclarations officielles (fin de l'insurrection maoïste) sont présentées comme telles. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.