Un recul historique de la pauvreté extrême — 2,6 % de la population en 2023 selon la Banque mondiale — mais une concentration des revenus et du patrimoine au sommet parmi les plus fortes du monde, et des fractures de caste, de genre et de région que le premier recensement des castes depuis 1931 va remettre au centre du débat.
L'essentiel
- La part des Indiens vivant avec moins de 3 dollars par jour est tombée de 27,1 % en 2011 à 2,6 % en 2023 (Banque mondiale).
- Mais les 10 % les plus riches captent 58 % du revenu national et le 1 % le plus riche détient environ 40 % du patrimoine (World Inequality Report 2026).
Synthèse Citoyen pour la catégorie Cohésion sociale et inégalités en Inde. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (NSO, NITI Aayog, Banque mondiale, World Inequality Lab). ⚠️ Les mesures divergent fortement selon qu'elles portent sur la consommation (enquêtes officielles) ou sur le revenu et le patrimoine (comptes nationaux et données fiscales). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la cohésion sociale
Un recul historique de la pauvreté extrême. Selon la Banque mondiale, la part de la population vivant sous le seuil international de 3 dollars par jour (parité de pouvoir d'achat 2021) est passée de 27,1 % en 2011 à 2,6 % en 2023 ; près de 500 millions de personnes seraient sorties de la pauvreté sur la période. Au seuil plus exigeant de 4,20 dollars, le taux recule de 57,7 % à 16,1 %. Le NITI Aayog estimait de son côté que la pauvreté multidimensionnelle (santé, éducation, niveau de vie) était tombée de 29,2 % en 2013-14 à 11,3 % en 2022-23.
Des chiffres débattus. Ces résultats reposent sur les enquêtes de consommation des ménages de 2022-23 et 2023-24, dont la méthode a changé par rapport à 2011-12. Plusieurs économistes jugent la comparaison dans le temps fragile et soulignent que de nombreux ménages restent juste au-dessus des seuils, donc vulnérables à un choc — comme la hausse de l'inflation alimentaire à 7,74 % en septembre 2026 après une mousson déficitaire (cf. catégorie Prix).
Des inégalités faibles en consommation, extrêmes en revenu et en patrimoine. Mesuré sur la consommation, l'indice de Gini de l'Inde est bas : ≈ 23 en 2023 selon la Banque mondiale (25,5 en 2022, 28,8 en 2011), ce qui place le pays parmi les plus « égaux » du monde sur cette mesure. Mais le World Inequality Report 2026 (décembre 2025), fondé sur le revenu et le patrimoine, aboutit au constat inverse : en 2025, les 10 % les plus riches captent 58 % du revenu national, le 1 % le plus riche 22,6 % (record depuis l'indépendance) et la moitié la plus pauvre 15 % ; le 1 % le plus riche détient environ 40 % du patrimoine. Les deux mesures ne portent pas sur la même chose et ne se contredisent pas nécessairement : la consommation des plus riches est mal captée par les enquêtes.
La fracture de caste. Le système de caste, illégal en tant que discrimination, continue de structurer les inégalités d'éducation, d'emploi et de patrimoine. Des politiques de discrimination positive (« reservations ») visent à corriger ces écarts. Le recensement 2027 comportera pour la première fois depuis 1931 un dénombrement complet des castes (question ouverte), lors du dénombrement de la population prévu en février 2027 ; le recensement socio-économique de 2011 n'avait jamais publié ses données de caste.
De fortes inégalités de genre et de région. Le taux d'activité des femmes reste très bas (40,0 % en 2025 contre 79,1 % pour les hommes, PLFS ; cf. catégorie Travail) et les écarts entre États (Sud et Ouest plus riches, plusieurs États du Nord et de l'Est plus pauvres) restent importants, structurant les migrations internes (cf. catégorie Migrations).
Inde — Indice de Gini
Inde — Taux de pauvreté
2. Perspectives — vers où va la cohésion sociale
Consolider la sortie de la pauvreté. La croissance (7,7 % en 2025-26) et les transferts — distribution alimentaire gratuite, logement (PMAY), aides monétaires de nombreux États aux femmes — soutiennent les revenus modestes ; la vulnérabilité aux chocs de prix alimentaires et énergétiques de 2026 reste le principal risque.
Le recensement des castes, enjeu politique majeur. Ses partisans y voient un outil indispensable pour cibler les politiques et calibrer les quotas ; ses critiques redoutent un durcissement des politiques identitaires et une surenchère sur les « reservations ». Les données du recensement serviront aussi au redécoupage des circonscriptions et à la mise en œuvre du quota d'un tiers de sièges réservés aux femmes.
Mesurer les inégalités. L'écart entre mesures par la consommation et par le revenu alimente un débat sur la fiscalité des plus hauts revenus et des patrimoines ; une meilleure mesure des revenus (enquêtes, données fiscales) est réclamée par de nombreux chercheurs.
Genre et territoires. L'amélioration de la participation des femmes et la réduction des écarts entre États restent des enjeux d'équité, de croissance et de cohésion nationale.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) consolider le recul de la pauvreté face aux chocs ; (2) maîtriser la concentration des revenus et du patrimoine ; (3) gérer politiquement le recensement des castes et réduire les fractures de genre et de région.
3. Comparaison internationale — l'Inde parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Inde combine un recul de la pauvreté de grande ampleur et une forte concentration des revenus et du patrimoine au sommet, avec des fractures spécifiques (caste, genre).
Trois enseignements. (1) Pauvreté : recul majeur. Comme la Chine avant elle, l'Inde a fortement réduit l'extrême pauvreté — un progrès de grande ampleur, même si la pauvreté au seuil de 4,20 dollars reste élevée.
(2) Inégalités : tout dépend de la mesure. Le Gini indien de consommation (≈ 23) est bien inférieur à ceux de l'Indonésie (≈ 34), de la Chine (≈ 36), du Brésil (≈ 50) ou de l'Afrique du Sud (≈ 54), mesurés souvent sur le revenu ; en revanche, la part du revenu des 10 % les plus riches compte parmi les plus élevées au monde selon le World Inequality Lab.
(3) Des fractures spécifiques. La caste et l'ampleur des inégalités de genre sont des dimensions propres à l'Inde, comparables seulement en partie aux fractures raciales du Brésil ou de l'Afrique du Sud.
Chine — Indice de Gini
Brésil — Indice de Gini
Indonésie — Indice de Gini
Afrique du Sud — Indice de Gini
Inde — Indice de Gini
Comparaison internationale — inégalités
| Pays | Inégalités | Pauvreté | Fracture spécifique |
|---|---|---|---|
| Chine | Gini ≈ 36 (2022) ⚠️ | recul historique | ville-campagne (hukou) |
| Brésil | Gini ≈ 50 (2024) | en recul | raciale |
| Indonésie | Gini ≈ 34 (2025) | en recul | régionale |
| Afrique du Sud | Gini ≈ 54 (2022) | élevée | raciale |
| Inde | Gini ≈ 23 (consommation, 2023) ; top 10 % = 58 % du revenu | extrême pauvreté 2,6 % (2023) | caste, genre |
Sources : Banque mondiale (indices de Gini, dernière année disponible par pays ; mesures sur la consommation ou le revenu selon les pays), World Inequality Lab, NSO. Comparaisons prudentes. « ≈ » signale un arrondi. ⚠️ Données chinoises non vérifiables indépendamment.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Pauvreté extrême (< 3 $/jour, PPA 2021) | 2,6 % (2023) ; 27,1 % en 2011 | Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Pauvreté (< 4,20 $/jour) | 16,1 % (2023) | Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Indice de Gini (consommation) | ≈ 23 (2023) | Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Part du revenu des 10 % les plus riches | 58 % (2025) | World Inequality Report 2026 |
| Part du patrimoine du 1 % le plus riche | ≈ 40 % | World Inequality Report 2026 |
| Pauvreté multidimensionnelle | 11,3 % (2022-23) | NITI Aayog |
Sources (analyses nationales et références)
NSO (enquêtes de consommation des ménages 2022-23 et 2023-24 ; PLFS 2025) · NITI Aayog (indice de pauvreté multidimensionnelle) · Registrar General of India (recensement 2027) · Banque mondiale (pauvreté et inégalités, mise à jour d'octobre 2026) · World Inequality Lab (World Inequality Report 2026).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Les mesures d'inégalités (revenu, consommation, patrimoine) diffèrent ; comparaisons prudentes. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.