Une espérance de vie record (83,7 ans en 2025) pour une dépense de santé parmi les plus basses d'Europe de l'Ouest — mais un service public sous tension : près d'un Italien sur dix renonce à des soins, les médecins de famille se raréfient et le budget 2027 relance le débat sur le financement du SSN.
L'essentiel
- L'Italie atteint 83,7 ans d'espérance de vie en 2025 en consacrant 8,4 % de son PIB à la santé, contre plus de 11 % en France et en Allemagne.
- Le revers : 5,8 millions de personnes ont renoncé à une visite ou un examen en 2024, d'abord à cause des listes d'attente.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Santé en Italie. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (ISTAT, ministère de la Santé, AGENAS, OCDE, Eurostat). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est le système de santé
Une espérance de vie record. Selon l'ISTAT (indicateurs démographiques publiés le 31 mars 2026), l'espérance de vie à la naissance atteint 81,7 ans pour les hommes et 85,7 ans pour les femmes en 2025, soit 83,7 ans pour l'ensemble — le niveau le plus élevé jamais mesuré, environ deux ans au-dessus de la moyenne de l'Union (81,5 ans en 2024, Eurostat). L'espérance de vie en bonne santé est nettement plus courte : 59,1 ans (ISTAT, 2025).
Une dépense modérée, majoritairement publique. D'après les comptes de la santé de l'ISTAT, la dépense de santé totale atteint 190,1 milliards d'euros en 2025, soit 8,4 % du PIB. Le secteur public en finance 140,8 milliards (74,1 %) — environ 6,2 % du PIB —, les ménages paient directement 42,4 milliards (22,3 %) et les assurances et régimes volontaires 7 milliards. Par habitant, la dépense est passée de 2 637 euros en 2019 à 3 225 euros en 2025, dont 719 euros à la charge directe des familles. La France et l'Allemagne consacrent plus de 11 % de leur PIB à la santé (Eurostat, 2024).
Des renoncements aux soins en hausse. En 2024, près de 5,8 millions de personnes, soit 9,9 % de la population, ont renoncé à au moins une visite ou un examen dont elles avaient besoin (ISTAT). Les listes d'attente sont désormais la première cause citée (6,8 % de la population), devant le coût (5,3 %), alors que les deux motifs se situaient autour de 4,5 % et 4,2 % en 2023. Le recours au privé, payé de sa poche, sert d'échappatoire à ceux qui en ont les moyens.
Une médecine de proximité qui s'amenuise. On comptait 37 173 médecins généralistes en 2024, 17,3 % de moins qu'il y a dix ans, et 54,5 % d'entre eux dépassent le plafond de 1 500 patients (ISTAT, audition parlementaire du 7 juillet 2026). Le pays compte environ 4,9 médecins actifs pour 1 000 habitants mais 7 infirmiers seulement, un ratio infirmiers/médecins faible pour l'Europe, et un corps médical âgé (54 ans en moyenne dans le secteur des soins).
De fortes inégalités Nord-Sud. La santé est gérée par les régions, ce qui crée d'importants écarts d'offre et de qualité. En 2024, 8,6 % des hospitalisations ont eu lieu hors de la région de résidence (ISTAT) : la « migration sanitaire » part surtout de Calabre, de Campanie et d'autres régions du Sud vers la Lombardie, l'Émilie-Romagne ou la Vénétie.
Une population parmi les plus âgées du monde. Avec 355 000 naissances pour 652 000 décès en 2025 et une fécondité tombée à 1,14 enfant par femme (ISTAT), le vieillissement accroît mécaniquement la demande de soins chroniques et de prise en charge de la dépendance.
2. Perspectives — vers où va le système
Le budget 2027 en débat. Le projet de loi de budget 2027, en discussion au Parlement début novembre 2026, porte le Fonds sanitaire national à environ 146,3 milliards d'euros en 2027, soit quelque 3,4 milliards de plus qu'en 2026, dont un milliard déjà prévu par la loi précédente. Le gouvernement parle d'un niveau record en valeur ; les régions, qui réclamaient environ 18 milliards supplémentaires sur trois ans, estiment que l'essentiel sera absorbé par l'énergie, les médicaments et les contrats, et l'opposition dénonce un sous-financement rapporté au PIB. Le texte peut encore évoluer.
Les listes d'attente, priorité politique affichée. Le projet prévoit jusqu'à 300 millions d'euros en 2027 pour rémunérer des prestations supplémentaires, 380 millions par an d'indemnités pour le personnel des urgences et 500 millions pour revaloriser les tarifs hospitaliers. La plateforme nationale de suivi des listes d'attente, créée par le décret de 2024 et active à titre provisoire depuis juin 2025, collecte les réservations de toutes les régions ; des analystes (Observatoire des comptes publics de l'Université catholique, août 2026) préviennent toutefois que ses premiers indicateurs pourraient surestimer la qualité réelle du service.
Le personnel, goulot d'étranglement. Départs à la retraite massifs, émigration de soignants et faible attractivité des carrières — notamment aux urgences et en médecine générale — limitent la capacité du SSN à absorber des moyens supplémentaires. L'augmentation des places en faculté de médecine et en écoles d'infirmiers ne produira ses effets qu'à moyen terme.
Médecine territoriale et PNRR. Le plan de relance finance des « maisons » et « hôpitaux de communauté » et la télémédecine, avec une échéance en 2026 ; la question est désormais de les doter en personnel pour qu'ils fonctionnent réellement, surtout dans le Sud.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) financer le SSN face au vieillissement sans dégrader des comptes publics sous surveillance européenne ; (2) réduire les délais et les inégalités Nord-Sud ; (3) reconstituer les effectifs de médecins de famille et d'infirmiers.
3. Comparaison internationale — l'Italie parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Italie obtient des résultats de santé de premier plan pour une dépense modérée — un rapport coût/résultat favorable, au prix d'un service public sous tension.
Trois enseignements. (1) Espérance de vie : en tête. À 83,7 ans (Eurostat, 2024), l'Italie devance la France (83,0), l'Allemagne (81,2) et la moyenne de l'Union (81,5).
(2) Dépense : la plus basse du panel. À 8,5 % du PIB en 2024 (8,4 % en 2025 selon l'ISTAT), l'Italie dépense nettement moins que l'Allemagne (12,2 %) et la France (11,3 %), et moins que la moyenne de l'Union (10,2 %).
(3) Le revers : l'accès. Cette efficience apparente repose sur un SSN contraint : renoncements aux soins en hausse, pénurie de généralistes et mobilité sanitaire Sud-Nord pourraient, à terme, éroder des résultats qui doivent aussi beaucoup au mode de vie.
Comparaison internationale — santé
| Pays | Espérance de vie (2024) | Dépense santé (% PIB, 2024) | Couverture |
|---|---|---|---|
| France | 83,0 ans | 11,3 % | universelle |
| Royaume-Uni | ≈ 81,3 ans | ≈ 11 % | universelle (NHS) |
| Allemagne | 81,2 ans | 12,2 % | universelle |
| Union européenne | 81,5 ans | 10,2 % | universelle |
| Italie | 83,7 ans | 8,5 % | universelle (SSN) |
Sources : Eurostat (demo_mlexpec, hlth_sha11_hf), 2024 ; Royaume-Uni hors Eurostat : ONS / OCDE, dernière valeur disponible (≈ 2023). ISTAT : 83,7 ans et 8,4 % du PIB en 2025. « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Espérance de vie (2025) | 83,7 ans (H 81,7 · F 85,7) | ISTAT (carte Citoyen) |
| Dépense de santé totale (2025) | 190,1 Md€ · 8,4 % du PIB | ISTAT, comptes de la santé (carte Citoyen) |
| Part publique (2025) | 74,1 % (140,8 Md€) | ISTAT |
| Renoncement à des soins (2024) | 9,9 % de la population | ISTAT |
| Médecins généralistes (2024) | 37 173 (−17,3 % en 10 ans) | ISTAT |
| Hospitalisations hors région (2024) | 8,6 % | ISTAT |
| Fonds sanitaire national 2027 | ≈ 146,3 Md€ (projet de budget) | Gouvernement, DDL bilancio 2027 |
Sources (analyses nationales et références)
Istituto nazionale di statistica (ISTAT — indicateurs démographiques 2025, comptes de la santé, audition devant la commission des Affaires sociales du 7 juillet 2026, rapport BES 2026) · Ministero della Salute · AGENAS (plateforme nationale des listes d'attente) · Projet de loi de budget 2027 (DDL bilancio) · Fondation GIMBE · Osservatorio sui conti pubblici italiani (Université catholique) · OCDE (Panorama de la santé) · Eurostat · OMS.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision) ; les montants du budget 2027 sont ceux du projet de loi, susceptibles d'être amendés. Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.