Une justice fondée sur la charia et placée sous l'autorité du roi, qui a battu en 2025, pour la deuxième année consécutive, son record d'exécutions — majoritairement pour des affaires de drogue — tandis que la codification du droit avance, mais que le code pénal promis depuis 2021 n'a toujours pas été publié.
L'essentiel
- ⚠️ 356 exécutions en 2025 selon l'AFP et HRW : un record pour la deuxième année consécutive, dont environ deux tiers pour des infractions liées aux stupéfiants.
- La codification avance (statut personnel, preuve, transactions civiles), mais le code pénal des peines discrétionnaires reste en suspens.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Justice en Arabie saoudite. Ancrée sur les données disponibles (ministère de la Justice, Banque mondiale, ONUDC, ONG de droits humains). ⚠️ Avertissement majeur : la justice est fondée sur la charia, sans indépendance au sens des démocraties ; le recours à la peine de mort et des préoccupations sur les droits humains sont documentés. Les indicateurs ne sont pas comparables à ceux d'une démocratie, et les décomptes d'exécutions proviennent d'ONG et d'agences de presse. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la justice saoudienne
Une justice fondée sur la charia. Le système judiciaire saoudien est fondé sur la charia (loi islamique), sans constitution écrite au sens classique ni séparation des pouvoirs comparable à celle des démocraties : le roi est au sommet de l'autorité judiciaire, et une large part des peines relève encore de la discrétion du juge (ta'zir), faute de code pénal écrit.
⚠️ Deux records d'exécutions consécutifs. Selon le décompte de l'AFP, repris par Human Rights Watch, l'Arabie saoudite a exécuté 356 personnes en 2025, après 338 en 2024 — le plus haut niveau depuis le début du suivi. Les ONG Reprieve et ESOHR, dont le décompte arrêté au 21 décembre est un peu plus bas (347), estiment que 240 de ces exécutions concernaient des infractions liées aux stupéfiants sans homicide. Amnesty International relève que les ressortissants étrangers représentaient 78 % des exécutions pour drogue en 2025.
Un rythme toujours élevé en 2026. Amnesty comptait près de 100 exécutions fin juin 2026 (dont au moins 61 pour drogue) ; l'ONG ESOHR en documente 108 au premier semestre. Les chiffres divergent selon la date d'arrêt et la méthode — aucune statistique officielle consolidée n'est publiée. Les ONG signalent aussi des exécutions pour des faits qualifiés de terrorisme, dont celle, en avril 2026, d'un homme accusé de faits commis alors qu'il était mineur selon ALQST, et celle du journaliste Turki al-Jasser en juin 2025.
⚠️ Détentions et expression. HRW (Rapport mondial 2026) estime que le système pénal saoudien contrevient aux standards internationaux. Depuis fin 2024, des dizaines de prisonniers d'opinion ont été libérés (selon ALQST), souvent assortis d'interdictions de voyager ou de restrictions d'emploi ; la militante Israa al-Ghomgham a été libérée en 2026. Mais d'autres peines lourdes ont été prononcées ou confirmées : 25 ans supplémentaires pour Mohammed al-Bejadi en octobre 2025, 14 ans confirmés pour le contributeur de Wikipédia Osama Khalid en février 2026, et des visiteurs étrangers emprisonnés pour des publications en ligne (Amnesty, juin 2026).
Des réformes juridiques réelles mais partielles. Dans le cadre de Vision 2030, le royaume a adopté une loi sur le statut personnel (2022), une loi sur la preuve (2022) et une loi sur les transactions civiles (en vigueur fin 2023), qui rendent le droit plus prévisible, notamment pour les affaires économiques. Le quatrième pilier, un code des peines discrétionnaires annoncé en 2021, n'a pas été publié à la date de cette note ; une version ayant fuité a été jugée par Amnesty (2024) plus répressive que la pratique actuelle, la peine de mort y figurant comme peine principale pour plusieurs crimes.
2. Perspectives — vers où va la justice
La peine de mort, enjeu central. ⚠️ La trajectoire des exécutions — record en 2024, nouveau record en 2025, rythme soutenu en 2026 — reste l'enjeu le plus suivi par les instances internationales. Les ONG alertent sur des dizaines de condamnés à mort pour drogue, dont 63 Éthiopiens détenus à Khamis Mushait selon Amnesty.
Le code pénal attendu. La publication — ou non — du code des peines discrétionnaires dira si la codification réduit l'arbitraire ou, comme le craignent les ONG, fige des incriminations larges (terrorisme, atteinte à l'ordre public) assorties de peines lourdes.
Libérations et contrôle. Les libérations de détenus d'opinion intervenues depuis fin 2024 sont saluées, mais restent conditionnelles (interdictions de voyager, surveillance) ; leur portée réelle se mesurera à l'absence de nouvelles poursuites pour des propos en ligne.
Droit des affaires et attractivité. La prévisibilité juridique est un argument central pour attirer les investisseurs étrangers ; les indicateurs de perception de l'État de droit de la Banque mondiale progressent, ce qui reflète surtout l'environnement contractuel et réglementaire.
Les questions ouvertes. Quatre enjeux structureront la période : (1) ⚠️ la peine de mort ; (2) le code pénal ; (3) les libérations et la liberté d'expression ; (4) la portée des réformes du statut personnel pour les femmes.
3. Comparaison internationale — l'Arabie saoudite parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, l'Arabie saoudite présente une justice non indépendante au sens des démocraties et des préoccupations sur les droits humains. ⚠️ Indicateurs non comparables.
Trois enseignements. (1) ⚠️ Un État de droit perçu « à deux vitesses ». L'indicateur « État de droit » de la Banque mondiale (WGI, score sur 100) place le royaume à 63,1 en 2025 (55,6 en 2019), au-dessus de la Chine (51,6) et de la Russie (37,7) mais sous la France (74,6) et l'Allemagne (85,1). Cette mesure agrège surtout des perceptions d'acteurs économiques (contrats, propriété, criminalité) et ne capte pas l'indépendance judiciaire ni les droits de la défense.
(2) Une peine de mort très appliquée. Avec plus de 300 exécutions par an en 2024 et 2025, l'Arabie saoudite figure parmi les pays qui exécutent le plus au monde, avec la Chine et l'Iran ; la France et l'Allemagne l'ont abolie, la Russie applique un moratoire.
(3) Des réformes en cours. La codification du droit civil et familial marque une évolution, à la différence d'un système figé — sans remettre en cause la concentration du pouvoir judiciaire.
Comparaison internationale — justice
| Pays | État de droit (WGI 2025, /100) | Indépendance | Spécificité |
|---|---|---|---|
| France | 74,6 | oui | démocratie |
| Allemagne | 85,1 | oui | démocratie |
| Chine | ⚠️ 51,6 | non (parti) | autoritaire, peine de mort |
| Russie | ⚠️ 37,7 | non (répression) | autoritaire, moratoire |
| Arabie saoudite | ⚠️ 63,1 | non (charia, roi) | 356 exécutions en 2025 |
⚠️ Sources : Banque mondiale (Worldwide Governance Indicators 2025, indicateur de perception), AFP, HRW, Amnesty. Justice non indépendante au sens des démocraties ; indicateurs NON comparables.
Données mobilisées (socle data journalism)
Afficher le tableau
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Exécutions 2025 | ⚠️ 356 (record ; 338 en 2024) | AFP, HRW |
| Dont infractions liées à la drogue | ⚠️ 240 (décompte au 21/12) | Reprieve, ESOHR |
| Exécutions 1er semestre 2026 | ⚠️ ≈ 96-108 selon les ONG | Amnesty, ESOHR |
| État de droit (WGI, /100, 2025) | 63,1 (perception) | Banque mondiale |
| Réformes | statut personnel, preuve, transactions civiles ; code pénal non publié | analyses |
Sources (analyses nationales et références)
Ministère de la Justice ⚠️ · Banque mondiale (WGI) · ONUDC · AFP · ONG de droits humains (Amnesty, HRW, Reprieve, ALQST, ESOHR, GCHR).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. ⚠️ Justice fondée sur la charia, sans indépendance au sens des démocraties ; peine de mort et préoccupations sur les droits humains documentées ; décomptes d'exécutions issus d'ONG et d'agences, divergents selon la date et la méthode ; indicateurs non comparables à ceux d'une démocratie. Dernière observation réalisée disponible (pas de prévision).