Une des plus grandes armées de l'OTAN, une industrie de défense dont les exportations ont dépassé 10 milliards de dollars en 2025, et un effort budgétaire en forte accélération : le projet de budget 2027 triple les crédits d'équipement.
L'essentiel
- Les exportations de l'industrie de défense et aéronautique turque ont dépassé 10 milliards de dollars en 2025, un record (+48 %).
- Les dépenses militaires ont atteint environ 30 milliards de dollars en 2025, soit 1,9 % du PIB (SIPRI) ; l'OTAN estime l'effort 2026 à près de 2,9 %.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Défense en Turquie. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (ministère de la Défense, SSB, SIPRI, IISS, OTAN). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision ; les estimations et projets de budget sont signalés comme tels. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la défense turque
Une des plus grandes armées de l'OTAN. Membre de l'Alliance depuis 1952, la Turquie aligne la deuxième armée de l'OTAN en effectifs, derrière les États-Unis (de l'ordre de 355 000 militaires actifs selon l'IISS). Elle a accueilli le sommet de l'OTAN à Ankara en juillet 2026, signe de son poids à la charnière de l'Europe, du Moyen-Orient et de la mer Noire.
Un effort budgétaire en hausse. Selon le SIPRI (avril 2026), les dépenses militaires turques ont progressé de 7,2 % en 2025 pour atteindre environ 30 milliards de dollars, soit 1,9 % du PIB (1,7 % en 2023, 1,8 % en 2024), au 18e rang mondial. L'OTAN, qui applique une définition plus large, estime l'effort 2026 à environ 48 milliards de dollars, soit 2,85 % du PIB — une estimation, non une donnée réalisée, et des méthodes non comparables.
Un budget 2027 en forte accélération. Le projet de loi de finances 2027, déposé au Parlement en octobre 2026, prévoit environ 2 206 milliards de livres pour la défense (≈ 44,5 milliards de dollars) et, selon le vice-président Cevdet Yılmaz, 3 454 milliards de livres pour la défense et la sécurité intérieure réunies. Les crédits d'acquisition du ministère de la Défense augmentent de 229 %. Ces montants restent soumis au vote du Parlement et seront érodés par une inflation encore proche de 30 %.
Une industrie exportatrice. Selon la présidence des industries de défense (SSB), les exportations du secteur défense et aéronautique ont atteint un record d'environ 10,5 milliards de dollars en 2025 (+48 % sur un an), et 6,9 milliards sur les neuf premiers mois de 2026 (+15,6 %), avec un rythme qui ralentit en fin d'été. Les nouveaux contrats signés par le secteur ont atteint 17,8 milliards de dollars en 2025 (+78 %), ce qui alimente les livraisons des années suivantes. Drones (Baykar), navires, blindés et munitions portent ces ventes, désormais aussi vers des pays de l'OTAN qui se réarment.
La quête d'un avion de combat. Exclue du programme F-35 après l'achat du système russe S-400 (2019) et visée par les sanctions américaines CAATSA, la Turquie a commandé 20 Eurofighter Typhoon au Royaume-Uni (octobre 2025, jusqu'à 8 milliards de livres sterling) pour combler l'attente de son chasseur national KAAN. En juin 2026, Washington a notifié au Congrès la vente d'environ 80 moteurs F110 destinés au KAAN ; le retour au F-35 et la levée des sanctions dépendent encore du Congrès et du sort des S-400.
2. Perspectives — vers où va la défense
Autonomie industrielle. Le gouvernement vise une place parmi les dix premiers exportateurs mondiaux et une montée en gamme (KAAN, défense aérienne intégrée « Dôme d'acier », marine). La dépendance aux moteurs et composants étrangers reste le principal goulet d'étranglement, comme le montre la négociation des moteurs F110.
Le coût de l'effort. Le triplement des crédits d'équipement en 2027 intervient dans une économie en désinflation fragile. Ses partisans y voient un moteur de croissance et d'exportation ; ses critiques s'inquiètent de l'effet d'éviction sur les dépenses sociales et de la soutenabilité budgétaire.
Place dans l'OTAN et voisinage. Ankara soutient l'objectif de 5 % du PIB adopté par l'Alliance en 2025 (3,5 % de défense « cœur »). Le processus de paix avec le PKK (voir Sécurité) et l'intégration des FDS à l'armée syrienne pourraient réduire le poids des opérations transfrontalières, tandis que la présence militaire en Irak, en Syrie et en Somalie demeure.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) la livraison des Eurofighter et le calendrier du KAAN ; (2) le financement du budget 2027 ; (3) la relation avec Washington (F-35, CAATSA, S-400).
3. Comparaison internationale — la Turquie parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, la Turquie est un acteur militaire régional majeur dont l'industrie de défense a changé d'échelle en dix ans.
Trois enseignements. (1) Effort comparable à l'Europe. À 1,9 % du PIB en 2025 (SIPRI), la Turquie est proche de la France (2,0 %) et un peu en deçà de l'Allemagne (2,3 %, en plein réarmement), loin de la Russie en guerre (7,5 %) et au-dessus du Brésil (1,1 %).
(2) Une industrie exportatrice. Avec plus de 10 milliards de dollars exportés en 2025, l'industrie turque se rapproche des grands exportateurs européens, ce qui distingue sa trajectoire de celle du Brésil.
(3) Une projection régionale. Les engagements en Syrie, en Irak, en Libye et en Somalie illustrent une posture active, qui va au-delà de la défense du territoire.
France — Dépenses de défense
Russie — Dépenses de défense
Brésil — Dépenses de défense
Comparaison internationale — défense
| Pays | Dépenses / PIB (2025) | Forces | Spécificité |
|---|---|---|---|
| France | 2,0 % | complètes (dissuasion) | puissance |
| Allemagne | 2,3 % | réarmement | Zeitenwende |
| Russie | 7,5 % | massives (guerre) | nucléaire ⚠️ |
| Brésil | 1,1 % | régionales | industrie (Embraer) |
| Turquie | 1,9 % | grandes (OTAN) | drones, exportations |
Sources : SIPRI (via Banque mondiale, MS.MIL.XPND.GD.ZS), année 2025 ; IISS ; OTAN. Les estimations OTAN reposent sur une définition différente et ne sont pas comparables.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépenses militaires / PIB (2025) | 1,9 % (≈ 30 Md$) | SIPRI via Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Estimation OTAN (2026) | ≈ 2,85 % du PIB (≈ 48 Md$) | OTAN (estimation) |
| Effectifs actifs | ≈ 355 000 | IISS |
| Exportations défense & aéro (2025 / 9 mois 2026) | ≈ 10,5 Md$ / 6,9 Md$ | SSB / TİM |
| Projet de budget défense 2027 | ≈ 2 206 Md TRY (acquisitions +229 %) | Présidence (projet, non voté) |
Sources (analyses nationales et références)
Ministère de la Défense · SSB (présidence des industries de défense) · Assemblée des exportateurs de Turquie (TİM) · Présidence de la République (projet de budget 2027) · SIPRI (Military Expenditure Database, avril 2026) / Banque mondiale · IISS (Military Balance) · OTAN (dépenses de défense, estimations 2026) · Congressional Research Service (F-35 et CAATSA, juillet 2026).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision) ; les estimations OTAN 2026 et le projet de budget 2027 sont présentés comme tels. Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.