Hôte de la COP31 à Antalya en novembre 2026, la Turquie s'est dotée d'une loi climat et lance un marché carbone pilote, tandis que le solaire et l'éolien battent des records — mais ses émissions continuent de croître, le charbon reste la première source d'électricité et la sécheresse s'installe.
L'essentiel
- Solaire et éolien ont fourni 22 % de l'électricité turque en 2025, un record — mais le charbon en fournit encore 34 %.
- Les émissions de gaz à effet de serre ont progressé de 5,3 % en 2024, à 584,5 millions de tonnes équivalent CO2 (TÜİK).
Synthèse Citoyen pour la catégorie Environnement et énergie en Turquie. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (ministère de l'Énergie, TÜİK, AIE, Ember, ICAP). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est la transition en Turquie
Des émissions toujours en hausse. Selon l'inventaire publié par TÜİK en mars 2026, les émissions de gaz à effet de serre ont atteint 584,5 millions de tonnes équivalent CO2 en 2024, en hausse de 5,3 % sur un an, soit 6,8 tonnes par habitant (4,2 t en 1990). L'énergie en représente la plus grande part. La Turquie, qui vise la neutralité carbone en 2053, fait partie des rares pays de l'OCDE dont les émissions n'ont pas encore atteint leur pic.
Une forte dépendance aux importations. La Turquie importe l'essentiel de son gaz et de son pétrole, une vulnérabilité économique et stratégique qui pousse à diversifier le mix et à développer les ressources nationales — y compris le charbon domestique (lignite) et le gaz de la mer Noire.
Des renouvelables en plein essor. Selon la revue annuelle d'Ember (2026), le solaire (10,5 %) et l'éolien (11,1 %) ont fourni ensemble environ 22 % de l'électricité en 2025, un record (le solaire ne pesait que 4,7 % en 2022). L'hydroélectricité, pénalisée par la sécheresse, recule à 16 %. Mais le charbon reste la première source, à 34 %, devant le gaz (22 %) : la Turquie est le premier producteur d'électricité au charbon d'Europe, et Ember chiffre à 8,7 milliards de dollars les soutiens publics dont il bénéficie.
Le nucléaire à l'approche. La centrale d'Akkuyu, construite par le russe Rosatom, est en phase d'essais : les transformateurs de raccordement du premier réacteur sont installés depuis février 2026 et des assemblages de combustible factices ont été chargés en juin. Le gouvernement vise une première production d'électricité en 2026, qui n'était pas confirmée début novembre.
Une loi climat et un marché carbone. La loi climat n° 7552, publiée le 9 juillet 2025, a créé le cadre d'un système d'échange de quotas (ETS). En septembre 2026, le Conseil du marché carbone en a fixé la phase pilote (2026-2027) : quotas gratuits à 100 %, pas de compensations, amendes réduites de 80 % ; la première période effective doit couvrir 2028-2035. L'enjeu est aussi commercial : le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières de l'UE (CBAM), entré dans sa phase définitive en 2026, concerne l'acier et le ciment exportés.
Une vulnérabilité climatique aiguë. Sécheresses, incendies de forêt et stress hydrique s'intensifient. À Istanbul, le remplissage des barrages est tombé à 27,6 % en janvier 2026 et à 38 % mi-septembre ; après de fortes pluies, il remontait à 45 % le 15 octobre, au-dessus des années précédentes, mais les experts rappellent qu'une saison humide ne met pas fin à la sécheresse.
Turquie — Émissions de gaz à effet de serre
Turquie — Part des renouvelables
2. Perspectives — vers où va la transition
La COP31, test de crédibilité. La Turquie accueille la COP31 à Antalya du 9 au 20 novembre 2026, sous la présidence du ministre de l'Environnement Murat Kurum, l'Australie conduisant les négociations (Chris Bowen). Ankara met en avant la finance climat pour les pays en développement, tout en défendant que la baisse des émissions d'un pays encore charbonnier ne se fasse pas au détriment de la croissance. Les ONG jugeront la présidence à l'aune de ses propres engagements.
Réduire la dépendance et décarboner. Tripler les capacités solaires et éoliennes, comme l'estime nécessaire Ember pour atteindre les objectifs 2035, faire démarrer Akkuyu et fixer une trajectoire de sortie du charbon sont les trois leviers ; ce dernier reste absent de l'agenda officiel.
S'adapter au climat. La gestion de l'eau (barrages, irrigation agricole, réseaux urbains) et la prévention des incendies deviennent des priorités, la sécheresse coûtant aussi au secteur électrique via la baisse de l'hydraulique.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) la crédibilité de l'ETS et de la trajectoire 2053 après la COP31 ; (2) le pic des émissions et la place du charbon ; (3) l'adaptation à la sécheresse.
3. Comparaison internationale — la Turquie parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, la Turquie combine des émissions par habitant encore modérées mais croissantes et un développement rapide des renouvelables.
Trois enseignements. (1) Émissions/habitant : proches de l'UE. À 6,8 t éq. CO2 en 2024, la Turquie rejoint presque la moyenne européenne (7,0 t), sous l'Allemagne (8,1 t), très loin de la Russie (17,9 t) — mais la trajectoire est inverse : l'UE baisse, la Turquie monte.
(2) Une dépendance aux importations. Elle distingue la Turquie de la Russie et du Brésil, producteurs d'énergie, et motive la diversification (renouvelables, Akkuyu, gaz de la mer Noire).
(3) Une transition active mais charbonnée. Avec 22 % d'éolien et de solaire, la Turquie fait mieux que bien des pays émergents, mais son mix reste nettement plus carboné que celui du Brésil, dominé par l'hydraulique.
Allemagne — Émissions de gaz à effet de serre
Union européenne — Émissions de gaz à effet de serre
Brésil — Émissions de gaz à effet de serre
Russie — Émissions de gaz à effet de serre
Turquie — Émissions de gaz à effet de serre
Comparaison internationale — environnement & énergie
| Pays | Émissions GES/hab. (2024) | Spécificité | Transition |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 8,1 t | sortie nucléaire | Energiewende |
| Union européenne | 7,0 t | ETS depuis 2005, CBAM | avancée |
| Brésil | 6,1 t | hydroélectricité | avancée (élec.) |
| Russie | 17,9 t | hydrocarbures | lente ⚠️ |
| Turquie | 6,8 t | dépendance importée | renouvelables + Akkuyu, ETS pilote |
Sources : Banque mondiale (EDGAR, émissions totales hors UTCATF rapportées à la population, 2024), TÜİK, Ember, ICAP — dernières valeurs réalisées disponibles.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Émissions de GES (2024) | 584,5 Mt éq. CO2 (+5,3 %) · 6,8 t/hab. | TÜİK (carte Citoyen) |
| Solaire + éolien dans l'électricité (2025) | ≈ 22 % (record) | Ember |
| Charbon / gaz / hydraulique (2025) | 34 % / 22 % / 16 % | Ember |
| Nucléaire | Akkuyu 1 en essais (production visée en 2026) | ministère de l'Énergie / Rosatom |
| Marché carbone | ETS pilote 2026-2027, quotas gratuits à 100 % | loi 7552 / ICAP |
Sources (analyses nationales et références)
Ministère de l'Énergie · ministère de l'Environnement (direction du changement climatique, Conseil du marché carbone) · TÜİK (inventaire des GES 1990-2024) · Ember (Türkiye Electricity Review 2026) · ICAP · AIE · CCNUCC (COP31) · Banque mondiale (EDGAR) · Rosatom · ISKİ (barrages d'Istanbul, via la presse).
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.