Un chômage officiel bas au regard de l'histoire turque (8,3 % en 2025), mais qui remonte à 8,4 % en septembre 2026 avec le ralentissement, une sous-utilisation de la main-d'œuvre proche de 30 %, un emploi des femmes parmi les plus faibles de l'OCDE et des salaires réels rongés par l'inflation.
L'essentiel
- Moins d'une femme sur trois en âge de travailler occupe un emploi en Turquie (32,1 % en 2025), contre deux hommes sur trois.
- Si l'on ajoute au chômage le sous-emploi et les personnes découragées, près de 30 % de la main-d'œuvre potentielle est sous-utilisée.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Marché du travail en Turquie. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (TÜİK, OIT, OCDE). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en est le marché du travail turc
Un chômage officiel au plus bas en 2025, en hausse en 2026. Le taux de chômage au sens du BIT est tombé à 8,3 % en moyenne en 2025 (TÜİK), son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans. Avec le ralentissement de 2026, il est remonté à 8,4 % en septembre 2026 (données corrigées des variations saisonnières), contre 7,9 % en août : le nombre de chômeurs a augmenté de 198 000 en un mois, à 2,97 millions, et l'emploi a reculé de 49 000 personnes. Le taux d'emploi s'établit à 48,3 %.
Une sous-utilisation massive. Le chiffre officiel masque une réalité plus large. La mesure composite de sous-utilisation de la main-d'œuvre de TÜİK (chômage, sous-emploi lié à la durée du travail et main-d'œuvre potentielle découragée) atteignait 29,7 % en 2025, en hausse de 3 points sur un an. Pour le centre de recherche BETAM (université Bahçeşehir), la baisse du chômage officiel reflète surtout un recul de la participation, plutôt qu'une création d'emplois plus dynamique. En 2025, la population active a diminué de 200 000 personnes, à 35,5 millions, et le taux d'activité est tombé à 53,5 %. En septembre 2026, l'emploi total s'établissait à environ 32,45 millions de personnes.
Des jeunes et des femmes en marge. Le chômage des 15-24 ans est remonté à 14,8 % en septembre 2026 (10,4 % pour les jeunes hommes, 23,3 % pour les jeunes femmes). Le taux d'emploi des femmes n'était que de 32,1 % en 2025, contre 66,4 % pour les hommes ; et près d'une jeune femme sur trois (30,9 %) n'était ni en emploi ni en formation, contre 16,3 % des jeunes hommes. En septembre 2026, le chômage des femmes (11,3 %) dépassait nettement celui des hommes (6,9 %).
Une informalité en recul, mais encore forte. La part de l'emploi non déclaré à la sécurité sociale, mesurée par TÜİK, est passée de 26,9 % au troisième trimestre 2025 à 24,6 % au quatrième, puis 23,4 % au premier trimestre 2026, avant de remonter au deuxième. Elle touche davantage les femmes (29,3 % fin 2025) que les hommes (22,3 %), un écart persistant.
Des salaires réels sous pression. Le salaire minimum net a été porté à 28 075 livres au 1er janvier 2026 (+27 %, brut 33 030 livres), avec une aide de 1 270 livres par mois aux employeurs. Cette hausse est inférieure à l'inflation de 2025 (30,9 % sur un an en décembre). L'opposition (CHP) et le parti DEM l'ont jugée insuffisante. Selon Türk-İş, quatre salaires minimum réunis (112 300 livres) restaient en juillet 2026 sous le seuil de pauvreté d'une famille de quatre personnes.
Turquie — Taux de chômage (BIT)
Turquie — Taux d'emploi (15-64)
Turquie — Taux d'activité
Turquie — Chômage des jeunes (15-24)
2. Perspectives — vers où va le marché du travail
Un emploi exposé au ralentissement. La croissance est retombée à 2,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, et le gouvernement a abaissé sa prévision pour l'année. Une politique monétaire restrictive et une énergie plus chère pèsent sur l'activité ; la remontée du chômage en septembre et le recul de l'emploi en sont les premiers signes, à confirmer dans les prochains mois.
La négociation du salaire minimum 2027. Le salaire minimum de 2027 doit être fixé en fin d'année par la commission tripartite. Le Programme à moyen terme prévoit une inflation de 28,4 % fin 2026 (une prévision) ; le débat oppose la nécessité de rattraper le pouvoir d'achat, défendue par les syndicats, au risque d'entretenir les anticipations d'inflation, mis en avant par les partisans d'une hausse modérée.
Participation des femmes et formalisation. Relever l'emploi des femmes (services de garde, emploi à temps partiel déclaré) et réduire l'informalité restent des leviers de croissance et d'équité identifiés de longue date, avec des progrès lents.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) contenir la remontée du chômage pendant la désinflation ; (2) la participation des femmes et des jeunes ; (3) la reconstitution des salaires réels et la poursuite de la formalisation.
3. Comparaison internationale — la Turquie parmi ses pairs
Replacée dans son environnement, la Turquie a un marché du travail jeune mais peu inclusif, avec un chômage officiel supérieur à celui de ses pairs et une forte sous-utilisation.
Trois enseignements. (1) Chômage : au-dessus des pairs. À 8,4 % en septembre 2026, il dépasse l'Allemagne (4,1 %) et l'UE (6,2 %) (Eurostat), ainsi que le Brésil (≈ 6 %) et le Mexique (≈ 2,7 %) en 2025 selon les estimations de l'OIT.
(2) Participation des femmes : la plus faible. Selon les estimations modélisées de l'OIT pour 2025, 37 % des femmes de 15 ans et plus sont actives en Turquie, contre 47 % au Mexique, 52 % dans l'UE, 53 % au Brésil et 55 % en Allemagne.
(3) Salaires réels érodés. Comme dans les économies à forte inflation, les hausses nominales importantes ne suffisent pas à compenser l'envolée des prix, notamment des loyers.
Allemagne — Taux de chômage
Union européenne — Taux de chômage (BIT)
Brésil — Taux de chômage (BIT)
Mexique — Taux de chômage (BIT)
Turquie — Taux de chômage (BIT)
Comparaison internationale — marché du travail
| Pays | Chômage (dernier point) | Activité des femmes (2025) | Chômage des jeunes (2025) |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 4,1 % (sept. 2026) | 55 % | 6,9 % |
| Union européenne | 6,2 % (sept. 2026) | 52 % | 16,2 % |
| Brésil | ≈ 6,0 % (2025) | 53 % | 14,0 % |
| Mexique | ≈ 2,7 % (2025) | 47 % | 5,7 % |
| Turquie | 8,4 % (sept. 2026) | 37 % | 16,0 % |
Sources : TÜİK et Eurostat (chômage mensuel CVS), OIT / Banque mondiale (estimations modélisées 2025 : chômage Brésil / Mexique, taux d'activité des femmes de 15 ans et plus, chômage des 15-24 ans). Les estimations de l'OIT harmonisent les définitions et peuvent différer des chiffres nationaux. « ≈ » signale un arrondi.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Taux de chômage (septembre 2026, CVS) | 8,4 % | TÜİK (carte Citoyen) |
| Taux de chômage (moyenne 2025) | 8,3 % | TÜİK |
| Chômage des 15-24 ans (septembre 2026) | 14,8 % | TÜİK |
| Sous-utilisation de la main-d'œuvre (2025) | 29,7 % | TÜİK |
| Taux d'emploi des femmes (2025) | 32,1 % | TÜİK |
| Emploi non déclaré (T1 2026) | 23,4 % | TÜİK (via TEPAV) |
| Salaire minimum net (2026) | 28 075 livres (+27 %) | Ministère du Travail |
Sources (analyses nationales et références)
TÜİK (enquête forces de travail, mesures de sous-utilisation, emploi non déclaré) · Ministère du Travail et de la Sécurité sociale (salaire minimum) · Türk-İş (seuils de faim et de pauvreté) · BETAM (université Bahçeşehir) · TEPAV · OIT / ILOSTAT · Banque mondiale · Eurostat · OCDE.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.