Une population encore jeune, des départs parmi les plus précoces de l'OCDE et une dépense de retraite qui grimpe vite depuis la levée de la condition d'âge en 2023, tandis que l'inflation érode les pensions et que la pension minimale est relevée deux fois par an.
L'essentiel
- La dépense de retraite turque est passée de 5,2 % à 6,1 % du PIB entre 2023 et 2024 (Eurostat).
- La pension minimale a été portée à 23 552 livres par mois en juillet 2026, après 20 000 livres en janvier.
Synthèse Citoyen pour la catégorie Retraites en Turquie. Ancrée sur les données chiffrées du secteur (Eurostat, OCDE, SGK, ministère du Travail et de la Sécurité sociale). Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible — jamais une prévision. Les appréciations sont distinguées des faits sourcés. Dernière actualisation des données : novembre 2026.
1. État des lieux — où en sont les retraites turques
Une dépense en forte hausse. Selon Eurostat (ESSPROS, toutes pensions, publiques et privées), la Turquie a consacré 6,1 % de son PIB aux pensions en 2024, contre 5,2 % en 2023 — un bond d'un point en un an. La base SOCX de l'OCDE, qui ne retient que les prestations publiques en espèces de vieillesse et de survivants, donnait 6,1 % en 2021 : ⚠️ les deux mesures ont des périmètres différents et ne se comparent pas comme une seule série.
L'effet EYT. La loi de février 2023 dite EYT (« victimes de l'âge de la retraite ») a supprimé la condition d'âge pour les assurés affiliés avant septembre 1999 qui remplissaient les conditions de durée : un grand nombre d'assurés, souvent dans la quarantaine ou la cinquantaine, ont pu liquider leur pension d'un coup. Pour les affiliés plus récents, l'âge légal, fixé à 58 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes, monte progressivement jusqu'à 65 ans d'ici 2048.
Des sorties très précoces. L'OCDE estime l'âge moyen de sortie du marché du travail à 60,8 ans pour les hommes et 60,5 ans pour les femmes en 2024 — parmi les plus bas de l'OCDE. Le taux d'emploi des 60-64 ans n'atteignait que 32,2 % en 2025 (Eurostat), contre 55,0 % dans l'Union européenne.
Des retraités plus pauvres que le reste de la population. Le revenu médian des 65 ans et plus représentait 0,82 fois celui des moins de 65 ans en 2025 (Eurostat, EU-SILC), contre 0,91 dans l'Union. Avec une inflation qui reste élevée, les pensions sont revalorisées deux fois par an sur l'inflation semestrielle : +17,76 % en juillet 2026 pour les retraités du régime général (SSK) et des indépendants (Bağ-Kur).
Une pension minimale relevée par la loi. Parce que beaucoup de pensions calculées restent très basses, le Parlement fixe un plancher : 20 000 livres par mois en janvier 2026, puis 23 552 livres à partir de juillet 2026. Le projet de loi chiffrait la mesure à environ 79 milliards de livres pour le second semestre, pour quelque 5,1 millions de bénéficiaires. Les syndicats de retraités et l'opposition jugent ce montant inférieur au seuil de faim calculé par les syndicats ; le gouvernement met en avant les contraintes budgétaires.
Un système avant tout public. Le pilier principal est le régime par répartition géré par la SGK, qui verse des prestations à environ 17 millions de personnes (les décomptes publiés vont de 16 à 18 millions selon qu'ils incluent les survivants). Son déficit est couvert par le budget de l'État ; le ministre du Travail prévoit que les recettes de la SGK couvriront 88 % de ses dépenses fin 2026. L'épargne privée (BES, volontaire, et OKS, adhésion automatique des salariés depuis 2017) reste un complément.
Turquie — Part des 65 ans et plus
2. Perspectives — vers où vont les retraites
Une démographie encore favorable, mais pour peu de temps. Les 65 ans et plus représentaient 10,6 % de la population au 1er janvier 2025 (Eurostat), et le ratio de dépendance des âgés 15,5 %, plus de deux fois moins que dans l'Union (34,5 %). Mais la fécondité est tombée à 1,48 enfant par femme en 2024 (Banque mondiale), sous celle de la France, et le vieillissement va s'accélérer.
Le projet de retraite complémentaire (TES). Le programme annuel présidentiel 2026 prévoit de transformer l'adhésion automatique (OKS) en un deuxième pilier avec contribution de l'employeur, le Tamamlayıcı Emeklilik Sistemi. Le lancement, d'abord annoncé pour le deuxième trimestre 2026, a glissé ; à notre connaissance, aucun texte n'avait été adopté début novembre 2026. Son articulation avec l'indemnité de licenciement (« kıdem tazminatı ») reste le point le plus sensible pour les syndicats.
Le débat sur le pouvoir d'achat des retraités. La revalorisation de janvier 2027, calculée sur l'inflation du second semestre 2026, et le niveau de la pension minimale seront au cœur des débats budgétaires de fin d'année. Le gouvernement défend une politique de désinflation et de discipline budgétaire ; l'opposition réclame un rattrapage et une prime pour les retraités.
Les questions ouvertes. Trois enjeux structureront la période : (1) contenir une dépense qui progresse plus vite que le PIB après l'EYT ; (2) protéger le pouvoir d'achat des pensions dans un contexte d'inflation élevée ; (3) bâtir un pilier complémentaire avant que le vieillissement ne s'accélère.
3. Comparaison internationale — la Turquie parmi ses pairs
Sur les mêmes séries Eurostat, la Turquie apparaît comme un système jeune et encore peu coûteux, mais aux départs très précoces.
Trois enseignements. (1) Dépense : environ la moitié de la moyenne européenne. À 6,1 % du PIB en 2024, contre 12,6 % dans l'Union, 15,0 % en France et 15,9 % en Italie — un écart qui tient surtout à une population beaucoup plus jeune.
(2) Emploi des seniors : le plus faible du groupe. À 32,2 % pour les 60-64 ans en 2025, la Turquie se situe loin derrière l'Allemagne (67,6 %), l'Union (55,0 %), l'Italie (50,4 %) et même la France (44,4 %).
(3) Niveau de vie des âgés : en retrait. Le ratio de revenu médian des 65 ans et plus (0,82) est proche de celui de l'Allemagne (0,83) mais inférieur à ceux de la France (0,97) et de l'Italie (1,00).
Comparaison internationale — retraites
| Pays | Dépense de retraite (% PIB, 2024) | Emploi 60-64 ans (2025) | Revenu médian 65+ / <65 (2025) | Âge de sortie, hommes (2024) |
|---|---|---|---|---|
| France | 15,0 % | 44,4 % | 0,97 | 61,9 |
| Allemagne | 11,7 % (p) | 67,6 % | 0,83 | 64,2 |
| Italie | 15,9 % | 50,4 % | 1,00 | 64,0 |
| Union européenne | 12,6 % (p) | 55,0 % | 0,91 | 63,9 |
| Turquie | 6,1 % | 32,2 % | 0,82 | 60,8 |
Sources : dépense = Eurostat ESSPROS (spr_exp_pens, toutes pensions) ; emploi = Eurostat (lfsa_ergan) ; revenu = Eurostat EU-SILC (ilc_pnp2) ; âge moyen de sortie du marché du travail = OCDE, Pensions at a Glance. (p) = provisoire.
Données mobilisées (socle data journalism)
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| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Dépense de retraite (ESSPROS) | 6,1 % du PIB (2024) | Eurostat — spr_exp_pens (carte Citoyen) |
| Âge moyen de sortie du travail | Hommes 60,8 ans · femmes 60,5 ans (2024) | OCDE — Pensions at a Glance (carte Citoyen) |
| Taux d'emploi des 60-64 ans | 32,2 % (2025) | Eurostat — lfsa_ergan (carte Citoyen) |
| Revenu médian relatif des 65 ans et plus | 0,82 (2025) | Eurostat — ilc_pnp2 (carte Citoyen) |
| Part des 65 ans et plus | 10,6 % (2025) | Eurostat / Banque mondiale (carte Citoyen) |
| Ratio de dépendance des âgés | 15,5 % (2025) | Eurostat — demo_pjanind |
| Pension minimale | 23 552 livres/mois (juillet 2026) | TBMM / SGK |
Sources (analyses nationales et références)
Eurostat (ESSPROS — spr_exp_pens ; EU-SILC — ilc_pnp2 ; enquête forces de travail — lfsa_ergan ; demo_pjanind) · OCDE (SOCX ; Pensions at a Glance) · Banque mondiale (WDI) · SGK (Sosyal Güvenlik Kurumu) · ministère du Travail et de la Sécurité sociale · TBMM (lois sur la pension minimale, EYT) · Programme annuel présidentiel 2026 (TES) · presse : Daily Sabah, Hürriyet, Turkish Minute, Duvar English.
Note méthodologique — la synthèse distingue les faits sourcés des appréciations, reste neutre, date chaque donnée, et n'extrapole pas au-delà des sources. La dépense Eurostat ESSPROS et la dépense OCDE SOCX ont des périmètres différents et ne sont jamais comparées comme une même mesure. Les montants en livres sont nominaux, dans un contexte d'inflation élevée. Toutes les valeurs sont la dernière observation réalisée disponible (pas de prévision). Mêmes garde-fous que le reste de l'observatoire.